
Le plan Ecophyto prévoit, en théorie, une réduction des produits phytosanitaires de 50% à échéance 2018. Sur certaines cultures comme le chou-fleur d'hiver, les traitements sont d'ores et déjà peu nombreux : couramment 2 à 3 sur le cycle de production. "Toutefois, des pistes existent pour les réduire encore, que ce soit en désherbants, insecticides ou fongicides", précise Vianney Estorgues, ingénieur conseil à la Chambre d'agriculture du Finistère.
Maladie qui se développe en conditions humides, le mycosphaerella reste le problème majeur en hiver. Il débute ses attaques en octobre-novembre dans les parcelles à précédent choux (ou à proximité de parcelles de brocolis ou choux-fleurs d’été non détruits après leur coupe). De décembre à février selon les années, il contamine les autres précédents. "La maladie sera donc davantage nuisible après choux".
La résistance au mycosphaerella s'étoffe
La piste de la résistance génétique, creusée depuis plusieurs années en Bretagne, porte aujourd'hui ses fruits. "Les variétés de chou-fleur peuvent être classées en trois catégories : très tolérantes, peu sensibles et très sensibles. Sur les variétés très tolérantes, sans tache, (de plus en plus nombreuses), les traitements sont inutiles". Les variétés sensibles doivent par contre être systématiquement traitées, tout comme celles peu sensibles à un précédent choux. Bien positionnée, une seule application sera possible. "Le mieux est d'appliquer le fongicide 2 à 4 mois avant la pommaison, pendant la période à risque (novembre à mars)", conseille
V. Estorgues.
Sur xanthomonas aussi, de fortes différences de sensibilité variétale existent : Cendis, Belot, Alpen sont très sensibles, alors que les variétés Inra-Cérafel-OBS sont plutôt tolérantes. Et l'expression de la maladie dépend de la contamination ou non des lots de semences. "Le développement est surtout important, les automnes humides (2010)". En cas de hernie, le prophylactique est à privilégier : rotation avec des plantes non hôtes (éviter les crucifères pendant au moins 4 ans), maintenir le pH autour de 7, biner rapidement les parcelles après les orages en août/septembre, éviter de trop affiner le sol avant plantation.
Pucerons, chenilles peu nuisibles
La réduction des insecticides est également possible en chou-fleur d'hiver. Concernant les pucerons, un seuil de nuisibilité est désormais disponible sur l'espèce la plus fréquente : le puceron cendré. "Ce seuil de traitement est atteint quand plus de 1% des plantes sont "recouvertes" de pucerons (plus de 100 m2). Ce qui est peu fréquent en récolte d'hiver".
Autre voie de maîtrise des insecticides : en 2009/2010, des essais ont été conduits dans 3 parcelles, démontrant que la présence des chenilles entre fin août et début octobre n’avait aucune conséquence sur les récoltes de janvier à avril. "Le traitement des chenilles sur chou-fleur d’hiver est inutile".
Par ailleurs, la cécidomyie est beaucoup moins nuisible sur chou-fleur qu'en brocoli. "En cas de doute ou de présence les années précédentes, installer un piège à phéromones est la seule technique permettant de positionner au mieux les traitements. Un seuil de 70 adultes/piège/semaine a été proposé (sur la variété Cortes), avec une intervention hebdomadaire à chaque dépassement de seuil". La lutte raisonnée s'affine en zone légumière.
Agnès Cussonneau
Efficacité des bineuses classiques et Kress
Réduire les désherbants est assez simple en chou-fleur, plante sarclée. En plant d’arrachis, la bineuse à dents “classique” maintient la propreté entre les rangs et sur le rang en y projetant un peu de terre. Une fois “relevés”, les plants supportent des vitesses de 6 à 8 km/h. Plusieurs passages sont réalisés au cours de l’automne (2 à 4) et finissent par un buttage. Par contre, l'entretien sur le rang pose problème pour du plant en mini-motte, de petite taille, qui risque d’être recouvert. Trois outils sont efficaces dans ce cas : la herse étrille utilisée sur les graines en germination uniquement, la bineuse à disques au stade cotylédon, et la bineuse Kress, outil plus complet et conseillé, qui aura une bonne efficacité jusqu’au stade 4-6 feuilles des mauvaises herbes. Elle combine un binage inter-rang et un sarclage sur le rang, un à trois passages sont à prévoir selon la saison.
Légende photo : Sur les variétés très tolérantes, sans tache, les traitements contre le mycosphaerella sont inutiles.