
Prise dans les tenailles de plus en plus déterminées des lobbies environnementalistes, l’agriculture riposte. Alors qu’à l’Ouest, le pouvoir exorbitant du Parc marin lance un nouveau pavé dans la mare de l’exaspération, une nouvelle campagne de dénigrement de l’agriculture mène l’assaut dans le métro parisien pendant le Salon de l’agriculture. « Pourquoi tant de haine à l’égard de l’agriculture en général, des productions animales en particulier », interroge Michel Bloc’h, président de l’UGPVB, qui s’élève contre « la dérive des attaques incessantes de la part de personnes dogmatiques ». Il est relayé par Thierry Merret, président de la FDSEA: « Si les forces vives, les élus, ne font rien alors s’enclenchera le déclin économique de la Bretagne ».
Le système « Banana »
Le déclin. Il est bien là le cœur du sujet pour la Bretagne. Encore plus celui de la Bretagne occidentale qui, plus que le bassin rennais, vit d’abord sur le terreau agricole. Et il est clair que sans agriculture, un département comme le Finistère sera progressivement voué à une économie résidentielle. Une économie où la jeunesse n’a pas de place. Ce qui lui vaudra d’aller travailler ailleurs. Le mouvement est déjà enclenché…
C’est ce système « Banana » (build absolutely nothing anywhere near anyone, comme on le dit en anglais – traduction : Ne construisez absolument rien n'importe où près de quelqu'un ») que dénonce la profession agricole réunie, vendredi dernier à Quimper, pour un point presse.
« Notre problème ne serait-il pas que l’on a trop bien travaillé ? Ce qui fait que notre région devient trop attrayante pour des gens qui deviennent nos plus fervents détracteurs », interroge André Sergent, responsable environnement de la Chambre d'agriculture, qui cite « la beauté du bocage avec ses 60 000 km de haies et de talus dans le département, la baisse des taux de nitrates de 20 %. »
« La souffrance des familles »
Pour autant que la situation s’améliore, « tous les projets agricoles essuient une opposition systématique », se désole Jacques Jaouen, président de la Chambre, qui cite, « bien sûr les projets d’élevage, mais aussi les projets de méthanisation, de cogénération, etc. Nous constatons que l’administration et les élus, guidés probablement par des préoccupations électoralistes, prêtent une oreille de plus en plus attentive aux opposants en tout genre ». Et d’asséner : « Aujourd’hui, plus que jamais, les agriculteurs et leurs familles souffrent de ce manque de reconnaissance. Nous l’avons encore vérifié lors de notre dernière campagne de réunions Chambre d’agriculture : la pression d’une machine réglementaire qui s’emballe accentue le désarroi dans les campagnes ».
Ces propos sont appuyés par Guy Le Bars, président de la Fédération finistérienne de Coop de France : « Les agriculteurs se sentent déboussolés face à de multiples cahiers des charges : directive nitrates, programme de résorption en Zes, conditionnalité de la Pac, plan écophyto, Sdage, plan algues vertes, etc. Il y a une véritable anxiété face aux surcouches réglementaires ».
Dans ce contexte « d’avenir en danger » – la production de volailles a déjà régressé de 40 % , les bovins de 10 % en 10 ans, le cheptel truie de 13 % – , la profession lance « solennellement » un appel à l’ensemble des acteurs du monde économique breton à se fédérer. « Nous ne sommes pas contre l’environnement : il faut d’ailleurs voir les millions d’euros qu’ont investi les agriculteurs dans les mises aux normes ; il faut voir comment ils se sont adaptés aux nouvelles réglementations. Mais il faut être conscient que si nous perdons la production agricole, l’onde de choc va impacter directement et durablement l’emploi dans tous les secteurs de l’économie ».
Didier Le Du
Le légume : 500 M€ et 20 000 emplois
Les producteurs de légumes sont confrontés au même défi que les producteurs d’animaux. « Maintenir sa place, préserver la compétitivité bretonne », rappelle Pierre Bihan-Poudec, le président de la Sica, avant de déclarer : « Nous n’avons peur de personne si les règles de concurrence sont les mêmes. Que ce soit sur le plan environnemental, social ou fiscal ».
À l’heure où le pays se préoccupe beaucoup de sa balance commerciale, P. Bihan-Poudec souligne que la Bretagne légumière exporte 220 000 tonnes en direct, dont 1/3 des légumes frais produits sur la côte nord et 80 % des plants de pommes de terre.
A la clé de cette importante activité commerciale, un chiffre d’affaires de 500 millions d’euros en légumes frais, ce qui place cette production en 3e position dans l’ordre d’importance des productions agricoles bretonnes en termes de valeur ajoutée après le lait et le porc. Sans oublier les 20 000 emplois directs et indirects que génère cette activité végétale.
Légende photo : Vendredi dernier, les responsables professionnels des différentes productions et de la majorité ont « solennellement » dénoncé les attaques incessantes contre l’agriculture.