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Côtes d'Armor (22)
Assemblée générale de la FDSEA / S’engager pour peser sur les décisions
 

Avec leurs organisations professionnelles, pour les agriculteurs, cela devient souvent « je t’aime, moi non plus. ». Certes on apprécie les services qu’elles rendent, le technicien que l’on côtoie régulièrement. Mais parfois, quand les temps sont difficiles, transpire une certaine méfiance vis-à-vis des instances dirigeantes et de leurs responsables, fussent-ils des agriculteurs, élus démocratiquement lors d’assemblées générales. Ils sont jugés loin de leur base et ne prenant pas assez le temps de venir expliquer. Un exemple récent sur le combat syndical sur la revalorisation du prix de la viande bovine en a déçu plus d’un. « On mobilisait pour réclamer 60 centimes d’euros du kilo, et au bout du compte, on a dû se contenter d’une victoire à 5 centimes  sans réelle explication ».
D’où cette interrogation au centre des débats de l’assemblée générale de la FDSEA mardi dernier à Quintin : « Le pouvoir des agriculteurs dans leurs organisations professionnelles ». Et pour y répondre trois témoins aux parcours et aux responsabilités différents : Christiane Lambert, agricultrice en Maine et Loire, vice-présidente de la FNSEA, Dominique Chargé, agriculteur en Loire-Atlantique, président de la Fédération de la coopération laitière, et Emmanuel Commault, directeur général de la Cooperl.


Être un acteur


Militante de toujours, Christiane Lambert  n’imagine pas que les agriculteurs ou agricultrices ne soient pas impliqués dans leurs organisations, et plus particulièrement dans le syndicalisme. « C’est un formidable ascenseur social et du développement à condition de jouer collectif ». Et surtout pas question de se cantonner dans un syndicalisme d’opposition et de revendication. « Je milite pour un syndicalisme à vocation économique ». Ce qui veut dire tenir compte des réalités et ne pas se mentir. « Travestir la réalité ne peut que générer des peurs  chez les agriculteurs. Celui qui dit que rien ne va bouger vous trompe ».
L’approche de Dominique Chargé est résolument tournée vers l’économique. Son engagement dans la coopération est sans ambiguïté. « Lorsque que l’on s’engage, on a envie de jouer un rôle. Je me suis engagé pour être un acteur dans ma coopérative, un acteur sur mon territoire, et apporter quelque chose  de nouveau afin d’adapter nos structures. Un responsable doit être à l’écoute, prêt à entendre, capable d’expliquer et porteur d’un projet partagé ».
D’ailleurs, il n’est pas à court d’idées, au risque de déranger. Ainsi, il affirme vouloir lui redonner un rôle fondamental qu’elle a, selon lui, perdu dans le secteur laitier. « Le modèle administré nous a détourné de notre dimension économique. On s’est déchargé sur l’administration pour la gestion des volumes et sur l’interprofession pour la fixation du prix ». Fermement, il affirme militer pour la contractualisation, interface entre les  marchés et la production. Un projet politique et économique tourné vers le marché sans pour autant l’éloigner de la dimension territoriale. Sa vision se veut sur  le moyen terme, 5 à 10 ans.


Nous devons la vérité


Pour Emmanuel Commault, l’engagement professionnel est fondamental. « Si on veut défendre le métier, la production, la région, il n’y a pas d’autre choix que de s’engager ». Très clair sur la répartition des rôles entre élus et cadres opérationnels. « Aux élus les choix stratégiques, car c’est l’argent des éleveurs, aux cadres la mise en œuvre des décisions arrêtées par le conseil d’administration ». Il ne fait aucun doute pour lui que « ce sont les élus qui définissent le projet, auquel les salariés adhérent obligatoirement ». De même dans un rapport de confiance, « il doit y avoir une transparence totale dans l’application des décisions et bien sûr des comptes à rendre ». Précisant « si la gouvernance n’est pas bien établie, il y a effectivement un risque que l’opérationnel prenne le pas sur les élus. Mais cela ne dure qu’un temps ».
Ces trois témoins ont eu au moins le mérite de la franchise, et parfois de déplaire. « Il est beaucoup plus facile d’aller expliquer aux agriculteurs ce qu’ils ont envie d’entendre. Nous leur devons la vérité sur les réalités économiques » rappelle Dominique Chargé. Emmanuel Commault acquiesce : « Le monde est ouvert, libéral. Les distorsions de concurrence doivent être combattues sans relâche. L’Etat n’a pas et n’aura pas les moyens de financer les équilibres économiques de marché ».  Christian Lambert tempère : « Il faut se battre contre les distorsions, mais dans le contexte politique et électoral, aucun élu ne s’engagera. Nous, on peut « crever » en attendant ».  Tout en appelant les acteurs économiques à se mobiliser, à se restructurer, la contractualisation tout comme l’établissement de relations formalisées entre les filières céréalières et animales lui paraissent des voies d’avenir.

Pierre Dénès



Coup de sang contre France Nature Environnement
Coup de colère de Jean Jacques Poëzévara, président de la FDSEA,  au terme de l’assemblée générale. On pouvait s’y attendre au moment où les médias se faisaient largement le relais de la campagne pour le moins provocante de France Nature Environnement avec un amalgame douteux entre agriculture, pesticides, environnement, algues vertes. « J’accuse tous ceux qui soutiennent, d’une manière ou d’une autre France Nature environnement de ternir une fois de plus l’agriculture bretonne et de pousser le vice jusqu’à détruire l’image et le tourisme en Bretagne ». Il conclut en plaidant pour une agriculture durable, « celle qui  maintient les hommes et les femmes sur le territoire, celle qui assure un revenu sur des exploitations viables, celle qui fournit de l’emploi dans les IAA ».




Légende photo : Près de 250 personnes à l’assemblée générale de la FDSEA.

 



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Date de l'article : semaine du N° du 18 au 24 Février 2011
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