
Accompagner le plus possible d’éleveurs en difficulté, sur la base du volontariat. Mettre en œuvre les solutions retenues (consolidation ou reconversion) après le diagnostic de l’exploitation, réalisé par des conseillers auditeurs spécialisés. Tels sont les enjeux de la Charte régionale, signée entre le préfet et les Chambres d’agriculture, en novembre dernier. L’éleveur sollicite un audit, financé par l’Etat, sur demande écrite. Il participe et fournit l’ensemble des documents nécessaires. « C’est bidon », s’insurge Gérard Fiquet, de Solidarité Paysans. « Ce plan n’est qu’un plan de cessation qui ne dit pas son nom. Le volontariat est un leurre. Les éleveurs en difficulté sont détectés par les banques et les centres de gestion. Les conseillers auditeurs passeront avec un imprimé à remplir ». Les audits doivent déboucher sur des solutions trouvées entre l’éleveur et ses créanciers. « Les agriculteurs vont à la table ronde pieds et poings liés ». Aucune aide directe n’est prévue dans le dispositif.
500 éleveurs
Solidarité Paysans propose que les diagnostics soient faits dans la neutralité. « Les organisations économiques qui réalisent ces audits ne voient que la situation financière. Nous demandons que la situation globale de l’exploitant et de sa famille soit prise en compte ». Un accompagnement humain, sans précipitation, en prenant le parti pris de l’exploitant. « L’éleveur doit être informé de ses droits. Il ne faut pas compter sur les créanciers pour le faire ». L’association, grâce à ses techniciens, ses agriculteurs, ses bénévoles et ses juristes, veut soutenir les éleveurs fragilisés. Notamment sur la protection des biens privés. « L’endettement est supérieur à 100%. La réalisation de l’actif ne permet pas de couvrir la totalité des dettes. Dès lors, l’agriculteur est-il toujours devant des partenaires ? Ou plutôt devant des créanciers qui veulent récupérer leur apport le plus rapidement possible ? ». 500 éleveurs vont payer, selon les responsables de l’association, pour tout le monde en quittant la profession. « D’autres viendront après. Le nombre d’éleveur va diminuer sans pour autant que le volume de production ne baisse. L’objectif avoué est, en effet, de conserver le potentiel régional de production. On ne remet jamais en question les causes fondamentales des difficultés de la profession ».
Les audits seront clos au mois de juin. Les solutions retenues, pour chaque élevage audité, seront mises en œuvre en fonction des dispositifs existants ou à venir.
Bernard Laurent
La maison vendue pour renflouer l’entreprise
Les 100 truies de l’élevage de Patrice Jezequel et les bons résultats techniques (24 porcs produits par truie) ne suffisent pas à faire face aux échéances. Encore moins à vivre. C’est ce qui a contraint l’éleveur à vendre sa maison pour renflouer son entreprise. Les acheteurs les ont autorisés à y vivre, lui, sa femme (qui travaille à l’extérieur) et ses trois enfants. 100 000 euros ainsi injectés pour respecter les contraintes d’un règlement amiable judiciaire réalisé en 2002. Installé en 1997, sans apport personnel, après des années sur l’élevage comme salarié, l’éleveur n’a pas bénéficié des aides à l’installation et des prêts bonifiés, malgré son bac D’ (pas de temps pour effectuer le stage 6 mois). 300 000 euros d’investissement au départ. Sur 12 ans, seules deux années lui ont permis de faire un peu de trésorerie. N’ayant pas de terres, la flambée du prix des céréales, en 2007, s’est avérée catastrophique. L’ouverture de crédit, ramenée à 40 000 euros après avoir atteint 68 000 euros est renouvelée tous les ans. Avec le risque d’un refus à chaque échéance. L’éleveur espère encore se refaire, en espérant une remontée des cours du porc. Dans le cas inverse, un dépôt de bilan, dans les prochains mois, n’est pas à exclure. Avec deux solutions : la liquidation ou le redressement judiciaire sur plusieurs années.
Légende photo : Un dispositif porc a été mis en place suite à la réunion de la cellule régionale de novembre dernier. Il a pour objectif d’accompagner les éleveurs fragilisés par la crise.