
Le bois énergie est une solution peu chère et disponible (2 à 3 ct du kWh PCI contre 6 en fioul et en propane et 10 en électricité). C'est l'un des critères qui a poussé Marcel Jan à s'équiper d'une chaudière pour son élevage (3 poulaillers de 5 200 m2, produisant du poulet lourd sexé). "La facture de gaz s'élevait à 25 000 euros par an (environ 7 kg de gaz/m2). Un coût qui progresse avec la hausse actuelle du prix du gaz", explique l'éleveur. Les poulaillers bien isolés sont équipés d'aérothermes gaz extérieurs, qui ont été conservés. Le bois plaquette est devenu le mode principal de chauffage.
Plancher chauffant et aérothermes
La chaudière HDG de 200 kW équipée d'un ballon de 5 000 L, chauffe, pour le moment, un poulailler de 2 200 m2 et 3 maisons d'habitation. "Sa puissance peut paraître un peu juste pour tout l'élevage", explique Cyrille Galliot de GR Energies de Merdrignac (installateur). "Cette puissance moyenne, complétée par l'utilisation du gaz en début du lot, correspondait au meilleur compromis, dans cette exploitation, par rapport à une chaudière plus puissante".
Par un réseau de 450 m, l'eau chaude arrive à l'entrée du poulailler et des maisons. Elle est distribuée dans le bâtiment par 2 circuits : un plancher chauffant noyé dans une dalle béton et 2 aérothermes à eau chaude. "Le plancher chauffant ne couvre pas l'ensemble du bâtiment", explique l'éleveur. "Pour des raisons d'efficacité et de coût, j'ai choisi de le limiter à une largeur de 60 cm au-dessous des 5 lignes de pipettes". Sous chaque ligne, 2 tuyaux assurent un aller-retour de l'eau chaude. La dalle comprend 3 épaisseurs : 7 cm de fondation où sont posés les tuyaux, 5 cm de béton puis 7 à 8 cm de dalle fibrée et surfacée. Un film polyane est posé entre les couches.
Le gaz en complément, en hiver
L'approvisionnement en plaquettes provient d'une scierie de Merdrignac (7 km). "La plaquette blanche, sans écorce, non séchée est livrée en vrac par semi-remorque. Elle ne fermente pas et je ventile le tas pour réduire l'humidité". Le coût du produit brut humide est de 35 euros/t + transport, ce qui équivaut à 70 euros la tonne sèche. Le bois de bocage conviendrait bien, mais il faudrait 20 à 25 km de haie pour assurer les besoins. "Toutes les semaines, j'alimente le silo de 35 m3 situé près de la chaudière (10 mn de travail). Puis une vis de reprise reprend les plaquettes et les achemine jusqu'au foyer".
"Avant l'arrivée des poussins, je surchauffe la dalle puis je coupe le circuit et toute l'eau chaude est orientée vers les aérothermes intérieurs qui fonctionnent à plein régime durant 3 semaines à 1 mois. L'installation de gaz est toujours présente et fonctionne en complément du bois durant les premiers jours des lots d'hiver. L'été, je ne pense pas en avoir besoin", estime l'éleveur qui a conduit 4 lots de poulets depuis l'équipement du bâtiment.
Retour sur investissement de 10 ans
L'investissement dans la chaudière, son bâtiment (y compris le silo) et le réseau enterré s'élève à 95 000 euros. Une aide de 27 000 euros a été octroyée par le plan bois énergie, soit un coût à 68 000 euros. Il faut y rajouter le plancher chauffant et les aérothermes pour 40 000 euros. Soit un coût total de 108 000 euros. S'y ajoute également le coût de la dalle béton (33 000 euros).
"Dans le projet, la consommation de bois est estimée à 140 t (plaquettes sèches) dont 120 t pour l'élevage", estime Marc Le Tréis, d'Aile. "L'économie réalisée en croisière par rapport au gaz serait de 13 500 euros/an". Dalle incluse, le temps de retour sur investissement serait de l'ordre de 10 ans. "On peut le réduire à 8 ans, si on se limite aux aérothermes à eau chaude sans dalle, voire moins si on tient compte du renouvellement nécessaire du chauffage au gaz". La longévité de la chaudière serait de 20 ans.
Pour le moment, quatre lots de poulets ont été élevés, ce qui est limité pour évaluer l'incidence sur les performances techniques. "Le faible nombre de chaudières à bois en élevage avicole ne permet pas d'assurer des comparaisons fiables", assure Christian Nicolas (Chambre d'Agriculture Bretagne).
La consommation de paille a été nettement moindre dans le poulailler de 2 200 m2 équipé : quelques rounds contre 25 auparavant. Le volume de fumier est également réduit de 30 % : il est plus concentré en éléments fertilisants et plus avantageux en cas de transfert hors Bretagne. "Les poussins sont quasiment démarrés sur le béton", déclare l'éleveur. "L'ambiance est également meilleure dans le poulailler (hygrométrie plus faible)". Seule contrainte : ne pas laisser la dalle du bâtiment se refroidir durant le vide sanitaire. Marcel Jan a également monté un échangeur de chaleur qu'il a lui-même conçu. En récupérant les calories de l'air sortant, il espère réduire à nouveau sa facture énergétique, notamment au démarrage des lots.
Patrick Bégos
70 chaudières en élevage
La Bretagne compte aujourd'hui plus de 300 chaudières de bois déchiqueté en exploitation dont 70 en élevage hors-sol (surtout en porc). Au total près de 6 000 t de bois sont valorisées dont une forte proportion venant du bocage. Le plan bois-énergie Bretagne, animé par l'association Aile, est en place jusqu'en 2013. Ses partenaires financiers, Conseil Régional, Conseils généraux et Ademe, subventionnent à hauteur de 30 % les installations de chaudières dont la puissance est inférieure à 300 kW et au cas par cas au-delà de cette puissance.
Légende photo : La chaudière de 200 kW alimente 3 poulaillers d'une surface de 5 200 m2 et 3 maisons d'habitation, par un réseau enterré d'eau chaude.