Actualités agricoles Paysan Breton en Bretagne, Côtes d'Armor, Finistère, Ille-et-Vilaine, Morbihan
Sommaire | " LES DÉPARTEMENTALES " | 56 | Article n°11558 |
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Morbihan (56)
La société bretonne s’interroge sur son agriculture / Très cher foncier
 

Près de 3000 hectares consommés par l’urbanisation, depuis 1980, sur le Pays d’Auray. 21 hectares supplémentaires chaque année, pour la seule communauté de communes de la Ria d’Etel ». En présentant sa commune, en préambule du forum, Louis Hervé, maire de Locoal-Mendon, a planté et involontairement orienté le débat. Pas assez de réglementation pour protéger les terres agricoles ? En zone littorale ce pourrait être l’inverse, assure Yves Brien, conseiller général de Belle-Île. « Les agriculteurs ne peuvent plus construire de bâtiments d’élevage. A Belle-Île, un Gaec vient récemment de quitter l’île en raison de l’excès de réglementation ». Des propos relayés par David Hervé, maraîcher à Vannes. « Les installations en maraîchage sont impossibles dans la mesure où même l’aménagement de petites serres est interdite ». Impossible aussi de créer un siège d’exploitation, dans une zone où la demande de légumes est de plus en plus importante, notamment en vente directe.


Parcelle 300 fois plus chère


Pas assez de règles pour éviter l’urbanisation, trop pour les agriculteurs qui souhaitent développer leur activité. Une charte de l’urbanisme a bien été signée par les responsables agricoles et les élus locaux dans le but de préserver le foncier agricole et les sièges d’exploitation. « Elle n’a pas de caractère contraignant. Ce n’est qu’un avis ; ensuite,  les élus décident », précise Laurent Kerlir, président de la FRSEA. Les outils existent pourtant. Les Plu (Plan local d’urbanisme) et plus encore les Scot (Schéma de cohérence territorial) ont pour objectif de fixer les orientations fondamentales de l’organisation du territoire, afin de préserver un équilibre entre zones urbaines, industrielles, touristiques, agricoles et naturelles. Alors pourquoi une telle confusion ? Les élus sont ambitieux et veulent développer leur commune ; les agriculteurs, qui collectivement défendent le foncier agricole, changent d’avis dès lors qu’ils y voient un intérêt particulier. A la décharge de ses derniers, il faut rappeler qu’en zone périurbaine et littorale, une parcelle urbanisable est 300 fois plus chère qu’une terre agricole. Le compte est vite fait, pour une catégorie socioprofessionnelle aux retraites de misère. L’enjeu est immense. Le Morbihan comptera 100 000 habitants de plus dans 20 ans, et plus encore en 2050, essentiellement dans les communes littorales. « Ne nous plaignons pas d’habiter une région qui attire », relative Patrice Le Penhuizic, agriculteur et maire de Lauzac. « La densification de l’habitat avance péniblement, mais elle avance. Les gens ne demandent plus de terrains de 1000 m2 pour construire ».


Cocktails de pesticides


Le nouveau concept d’agriculture écologiquement intensive a opposé les participants. « Des relents d’agriculture raisonnée qui permettent de continuer à produire de la même manière, sans avoir à se remettre en question », selon Patrick Guillerm, éleveur à Vannes. « Il faudra nourrir de plus en plus d’habitants avec de moins en moins d’intrants et d’énergie », rétorque Laurent Kerlir, qui signale, au passage, l’importance des investissements improductifs réalisés par les agriculteurs pour les diverses mises aux normes. « Il faudra faire mieux sur l’usage des pesticides et arrêter les mélanges s’il s’avère qu’ils sont dangereux. C’est à la recherche de nous le dire ! », poursuit-il en réponse à l’intervention de Gilles Lanio, président des apiculteurs du département qui fustige les cocktails de différentes molécules, autorisés sans aucun contrôle (même si chacune d’entre elles a une autorisation), responsables, selon lui, de la disparition des abeilles. Plusieurs agriculteurs, dans la salle appelaient à ne pas s’opposer entre bio, labels, ou conventionnels.

Bernard Laurent


Photo : Le Conseil régional a choisi de consulter les bretons sur l’avenir de l’agriculture. Ils peuvent donner leur avis lors de l’un des 11 forums (Ploërmel le 18 février) ou sur internet. Une restitution aura lieu le 22 avril à Pontivy. Les conclusions permettront de définir la future politique régionale agricole.




Chiffres à l’appui
•Budget total région Bretagne: 1,15 milliard d’euros
•Budget de la région « agriculture et agroalimentaire » : 24,5 millions d’euros. (+ 11% par rapport à 2009)
•38 000 exploitations agricoles
•800 installations chaque année compensent la moitié des départs
•17 600 jeunes en formation
•170 000 salariés (agriculture, agroalimentaire)




Produire plus ?


Le devoir de produire plus pour nourrir la planète ne fait pas l’unanimité. « Ce n’est pas un problème de quantité », assure Sophie Milhem, du Groupement des agriculteurs biologiques. « Il faut relocaliser la production. Produire ce qu’il faut au bon endroit et éviter les gaspillages ». Autrement dit, développer les cultures vivrières dans les pays pauvres tout en protégeant leurs frontières par des droits de douane. « Il faut, parallèlement, adopter de nouveaux rapports avec le consommateur dans nos régions ». Un petit mot sur les OGM, lors du débat : « Ils reviendront d’actualité avec la diminution annoncée des pesticides », selon Philippe Le Ray, éleveur et conseiller général d’Auray. Rien de plus sur les biotechnologies. La génomique et ses marqueurs génétiques révolutionne pourtant le monde de la sélection sans manipulation d’aucune sorte et sans que personne (hors milieu agricole) ne s’y intéresse. Pas assez polémique pour les médias. Pas un mot non plus sur l’indépendance en protéine de l’élevage breton ou européen. Dommage, mais il n’est pas sûr, de toute manière, que le grand débat régional n’accouche pas d’une souris.



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Date de l'article : semaine du N° du 11 au 17 Février 2011
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