
Comme plus tôt dans le Finistère et les Côtes d'Armor, le président national de la Coordination Rurale (CR), Bernard Lannes, était présent à l'assemblée générale du syndicat en Ille-et-Vilaine, le 2 février dernier. Dans son discours, le producteur du Gers insiste sur les prix, qui doivent être fixés par les agriculteurs, et le besoin de régulation.
La contractualisation laitière n'est pas rejetée par le syndicat, "à condition qu'elle se fasse dans le cadre d'une organisation européenne qui rassemble les producteurs, les transformateurs, les distributeurs, les consommateurs et les politiques". La CR prône une régulation visant à limiter les excédents, garantir une stabilité des prix, et plus largement assurer une répartition de l'agriculture sur le territoire et le respect de l'environnement.
Lors de la réunion, Bernard Fougères, vice-président de l'OPL (Organisation des producteurs de lait - rattachée à la CR), a présenté le schéma que souhaite mettre en place le syndicat, s'opposant aux Ocep proposées par la FNPL. "Des OP (organisations de producteurs) non commerciales doivent être constituées, non pas par laiterie, mais à un niveau plus large. Nous souhaitons mettre en place un organisme national qui négociera le prix du lait auprès des laiteries et sera rattaché à l'EMB (European Milkboard)".
Un observatoire européen en porc
La production porcine était également au menu de l'assemblée générale de la CR. Catherine Laillé, présidente de l'Organisation nationale des éleveurs de porcs, a chiffré à un tiers le nombre d'élevage actuellement endettées à plus de 100%. "Aujourd'hui, de nombreux producteurs s'engagent dans des prêts de trésorerie pour payer leurs factures journalières. La mise aux normes bien-être prend du retard, les outils ne se modernisent plus".
Son analyse des causes de la crise se situe là encore au niveau européen où "un observatoire doit être mis en place, sous l'égide des politiques. Aujourd'hui, le prix de vente à 1,30 euro ne couvre plus nos coûts de production qui se situent en moyenne à 1,50 euro". La productrice n'incrimine pas le coût de l'aliment, "au même niveau que dans les années 80. Les céréaliers ont le droit de gagner leur vie. C'est la viande qui n'est pas payée à son juste prix. La grande distribution et les abatteurs font pression pour avoir des produits agricoles toujours moins chers".
Revenant sur l'observatoire des prix et des marges, prévu dans le cadre de la LMA (Loi de modernisation de l'agriculture), la productrice souligne qu'il "ne fonctionne pas complètement. Tous les maillons de la filière doivent mettre leurs chiffres sur la table". La CR souhaite aussi mettre en place une possibilité de contrats directs entre céréaliers et éleveurs, qui transiterait juste par FranceAgrimer. En résumé, le syndicat souhaite que les agriculteurs "reprennent le pouvoir qu'ils ont laissé partir".
Agnès Cussonneau
Photo : De g. à dr. : Pierre Daufin (président CR 35), Yves Georges (secrétaire CR 35), Bernard Lannes (président national CR), Bernard Fougères (vice-président OPL), et Catherine Laillé (présidente Onep).