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Agronomie / Base fête ses dix ans : Conserver et enrichir la fertilité des sols
 

Créée il y a 10 ans par quelques agriculteurs pionniers, techniciens et agronomes, l'association Base s'est progressivement développée dans l'Ouest. "Avec plus de 650 membres représentant 40 000 ha, l'association est avant tout un réseau très actif d'échanges de pratiques de réflexions en matière de simplification du travail du sol, de couverts végétaux, d'associations de cultures", explique son président, Frédéric Thomas.
Le constat porte d'abord sur la dégradation des sols européens et français. Le taux moyen d'érosion du sol (17 t/ha/an) est très supérieur au taux moyen de formation (1 t/ha/an). "Les sédiments érodés détériorent la qualité de l'eau de surface et la biodiversité se réduit". Face à ce constat, l'agriculture de conservation constitue une voie possible. Elle repose sur trois principes agronomiques : allonger et diversifier les rotations, réduire progressivement le travail du sol et restituer les résidus de récolte.


Rotations longues


"En construisant des rotations longues où se succèdent les cultures et les couverts végétaux, on vise 2 objectifs : protéger la terre contre les intempéries et entretenir la structure du sol par les racines des cultures et des intercultures", estime F. Thomas. Cela permet de sécuriser les rendements, de réduire les coûts de désherbage, de conserver et d'enrichir la fertilité.
La réduction du labour et du trafic sur les parcelles permet une réorganisation naturelle du sol cultivé sur le modèle de la prairie. L'activité des lombrics prend progressivement le relais des outils, complétant ainsi l'organisation de la structure par les racines. Cette orientation jusqu'au semis direct diminue le nombre d'interventions : les outils nécessaires, la puissance de traction, la consommation de carburant et le nombre d'heures de travail.


Restitutions des résidus


Cette pratique réduit aussi la consommation d'humus grâce à la diminution importante de l'oxygénation du sol, provoquée par le labour, le travail profond et l'affinage excessif et répété. "Beaucoup moins d'éléments minéraux sont lessivés et davantage d'eau est stockée dans le sol", déclare F. Thomas. "Protégé par les plantes de la rotation, non perturbé par les outils agraires, le sol développe sa capacité d'infiltration et augmente sa résistance au ruissellement et à l'érosion".
Avec la restitution intégrale des résidus de récolte au sol, tout est mis en œuvre pour préserver et augmenter le stock d'humus. Les résidus, en complément des couverts, participent à la couverture permanente et permettent l'alimentation en continu de l'activité biologique.
"Après l'abandon du labour, un sol conduit en agriculture de conservation permet d'obtenir des rendements comparables dans un délai de 3 à 5 ans, à condition de mettre en œuvre une gestion adaptée", estime F. Thomas. "C'est une démarche technique qui demande plus d'agronomie, de réflexion et d'observation".

Patrick Bégos



 De la Suisse au Canada

Wolfgang Sturny, directeur de la protection des sols du canton de Berne (Suisse) a comparé, sur 15 ans, le labour et le semis direct avec 6 cultures différentes, sur la plateforme d'Oberacker. Il a constaté que la population de vers de terre observée en semis direct était identique à celle d'une prairie, soit 2,4 fois plus qu'en labour. Une bonne infiltration augmente la réserve d'eau dans le sol. "En 2003, année sèche, nous avons, par exemple, observé une augmentation de rendement de 3 à 21 % selon les cultures, grâce aussi à une meilleure efficacité de l'azote". 
Guy Lafond est chercheur dans les plaines du Saskatchewan (Canada). C'est une région au climat très rude de type semi-aride qui produit une bonne partie de la récolte de blé canadienne (entre 350 et 500 mm/an de pluie, une sécheresse fréquente et seulement 90 à 120 jours par an sans gel). En 2006, 60 % des exploitations pratiquaient le semis direct (près de 80 % aujourd'hui). Sur la ferme d'Indian Head (500 ha), les travaux de G. Lafond portent sur la mise en œuvre du semis direct, sur les successions culturales les plus aptes à optimiser la productivité, sur les techniques de semis (écartements des lignes), sur la fertilisation localisée, la gestion des pailles. "Nous avons constaté qu'à long terme, le semis direct a augmenté les rendements de 14 %, grâce à une plus grande efficacité de l'eau, notre principal facteur limitant". 



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Date de l'article : semaine du N° du 11 au 17 Février 2011
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