Avec la nouvelle crise des matières premières, la production porcine bretonne est confrontée à une rupture de son cycle de rentabilité et à un manque de lisibilité. L’avenir des producteurs les plus fragiles est très incertain. Les dernières tendances sur le prix des céréales sont pessimistes. Le prix spot de l’aliment se rapproche de 255 e/T fin 2010. Au cours du dernier trimestre, l’atelier porc moyen a perdu près de 100 e/truie, malgré un prix du porc qui évite le crash de fin d’année.
Rappelons que la première crise matières premières (dernier trimestre 2007) avait provoqué une perte de 150 e/truie. Au final, elle avait abouti à un trou moyen de près de 400 e/truie en 9 mois. Si l’on projette, dans un scénario réaliste, un prix du porc d’ici fin juin proche de 2008 (1,23 e/kg) et un prix de l’aliment avoisinant les 260 à 270 e/T, la crise actuelle provoquerait une perte moyenne en 9 mois de 250 à 280 e/truie d’ici fin juin 2011. Cette perte sera encore plus importante pour les exploitations fragiles dont les coûts de revient sont plus élevés (100 à 150 e/truie de pertes supplémentaires). En cas de forte flambée de l’aliment au premier semestre 2011, la perte moyenne se rapprocherait de celle de 2007/2008…mais un espoir réside aussi dans un cours du porc que l’on peut espérer supérieur à celui de 2008.
Une moindre capacité de résistance
Les prévisions sont encore incertaines mais les capacités de résistance se sont amoindries avec la première crise. La moitié des exploitations environ devrait passer sans trop de difficultés le cap de cette crise. Un second noyau (35 à 40 %) devrait logiquement arriver à subvenir aux besoins de trésorerie (solutions d’accompagnement bancaire notamment). Pour les plus fragiles (10 à 15 %), surmonter la crise sera très compliqué. Un plan d’accompagnement a été spécialement mis en place mais avec très peu d’aides pour les producteurs.
Des élevages dans
le rouge
Cette seconde crise des matières premières vient rompre le cycle habituel de rentabilité en production porcine. À l’année civile (graphique), les années 2010 et 2011 devaient normalement être dans le « vert ». Or, 2010 sera à peu près à l’équilibre, et 2011 sera fortement marquée par la crise. De 2008 à 2012, il est probable que l’exploitation « moyenne » porcine soit bien dans le rouge, alors que les cycles des 5 ans précédents étaient plutôt à l’équilibre. C’est une rupture totale des habitudes de la production qui se trouve face à un sérieux problème de rentabilité. Il s’explique notamment par un cycle de prix de l’aliment qui grimpe depuis 5 ans vers des niveaux jamais atteints (prévisions 215 à 217 e/t.) au lieu de 173 à 180 e/t. auparavant.
La production manque de lisibilité. Comment envisager alors d’investir et de mettre en place un plan de financement dans un tel cadre ?
L’espoir de solutions
L’espoir réside toujours dans une baisse du prix de l’aliment. Mais, il faut intégrer que le prix tendanciel des céréales sera plus élevé dans les années à venir tout en subissant de fortes variations. D’ailleurs, la production hors sol s’inquiète déjà des positions de prix élevés pour la future campagne 2011.
La baisse des indices de consommation, déjà bien engagée dans les élevages, est encore une priorité, surtout si l’on se situe encore au-delà de 3 à 3,1. De même, les exploitants devront se protéger des variations du prix de l’aliment. Plusieurs pistes peuvent être envisagées : marchés à terme ? Budget Pac ? Approche régionale ? Négociations avec les céréaliers ? Contractualisation ?...
Parallèlement, le prix du porc est sous pression permanente depuis près de 10 ans. Au vu des enjeux, son niveau explique en grande partie les difficultés des producteurs. Un cycle sur 5 ans à 1,18 e au MPB est nettement insuffisant. Un sursaut vers 1,25 à 1,30 sur 5 ans minimum serait nécessaire pour redonner des perspectives aux producteurs. Cela passe notamment par une montée estivale. L’été 2011 nous donnera à nouveau la capacité de réaction du cours. En cas de forte montée, les producteurs pourraient en partie surmonter la crise. Dans le cas contraire, la région devrait faire face à une baisse notable de la production, avec les conséquences que l’on imagine pour toute la filière.
Georges Douguet
CER France Côtes d’Armor