
L’expression directe des éleveurs qui vivent au quotidien la crise a sans doute autant d’impact que les propos des responsables qui n’ont de cesse d’alerter pouvoirs publics ou élus sur la situation dramatique du secteur porcin (lire aussi en page 8). Sans agressivité, mais avec l’émotion du désarroi, Fabien Laisné a décrit avec précision la détresse du monde de l’élevage qui non seulement souffre de la crise, mais se sent mal-aimé, oublié des politiques qui n’osent plus défendre ses paysans. « Evidement, s’ériger en défenseur du monde agricole, et en particulier de l’élevage porcin, n’est surtout pas une position envisageable à un an d’une échéance électorale majeure…Ce désintéressement du politique gangrène notre métier qui, las de se sentir abandonné, se terre et se tait ».
Urgent d’agir
Il accuse l’industrie agroalimentaire et la distribution de faire la pluie et le beau temps, sans que les politiques n’osent réagir. « Le politique est à la botte de l’économique. La guerre des prix fait rage et tous les producteurs, quels qu’ils soient, font les frais de cette bataille rangée au nom du sacro-saint pouvoir d’achat ». Il interroge à qui profite le crime ? « Monter de 50 centimes du kilo le prix de vente de la viande de porc dans les supermarchés permettrait non seulement de supporter la hausse meurtrière de l’alimentation des animaux mais aussi de commencer à panser les plaies économiques de quatre années de crise. Quel impact pour le consommateur ? A raison d’environ 35 kg de viande de porc par personne et par an en France voilà un surcoût annuel de 17 euros pour une année alors que c’est par dizaines de milliers que se comptent nos pertes ».
Comme beaucoup d’éleveurs, il ne voit plus l’avenir sereinement. « Nous sommes laissés pour compte, trahis, abandonnés, livrés à la pâture médiatique et intello-grenello-environnementale… » . Il réfute les discours qui voudraient voir les éleveurs se diversifier, produire de l’énergie, alors que « notre capacité financière ne permet pas de se mettre aux normes bien-être, ni demain peut-être de nourrir nos animaux » .
Ces propos, loin sans doute de rassurer mais symptomatique de ce que ressentent les éleveurs ont attesté de cette lassitude. Pour les responsables, ces témoignages les confortent auprès de leurs interlocuteurs pour leur faire comprendre qu’il est urgent d’agir.
Pierre Dénès
Photo : Rémi Thuau, préfet (à gauche) a pu entendre le désarroi des éleveurs. Au centre JJ Riou, président du MPB, et à gauche JJ Poézévara, président de la FDSEA 22