
Une bosse sur le cou ? « La barre de garrot est top basse. La prise alimentaire est rendue difficile ». De nombreuses vaches sont debout dans les logettes ? « Le confort n’est pas optimum ». Le pelage des vaches est humide ? « La ventilation du bâtiment est mauvaise ». Philippe Deru, éleveur dans l’Est de la France, a travaillé sur le confort des laitières avec Michel Vagneur, vétérinaire. Il intervenait le 3 février devant les adhérents d’Holstein Finistère.
Même aisance en stabulation qu’en pâture
Cet éleveur qui s’est spécialisé dans la commercialisation du matériel d’élevage aborde le bien-être dans un esprit de productivité. Objectif : « Assurer un confort aux vaches pour ne pas les réformer trop prématurément ». Et d’expliquer : « L’attitude de l’animal au quotidien dévoile son bien-être ou son mal-être. À nous, éleveurs d’être suffisamment observateurs. Car la vache a toujours raison ».
Avec l’allongement de la durée passée en stabulation, la vache a d’abord besoin de trouver « un sol souple, stable et abrasif sans excès. Il faut que la vache ait la même aisance en stabulation qu’en pâture », dit-il rappelant que la pression au sol du sabot est de 4 kg/cm2 pour un bovin quand elle est seulement de 0,2 kg/cm2 pour un humain.
Bien chaussée, la vache n’hésitera pas à se déplacer vers l’auge. « Sachant aussi que 80 % des problèmes de pied sont dus à des problèmes alimentaires », renverse P. Deru. Et de faire un arrêt sur la maladie de Mortellaro (dermatite) qui touche de 60 à 70 % des élevages laitiers. « Cette maladie est due à une association de malfaiteurs puisque 9 germes interviennent dans son déclenchement. L’hygiène contribue à atténuer son impact », observe-t-il.
Philippe Deru met également l’accent sur la relation infertilité et boiterie. « La réussite à la 1ère IA est de 17,7 % chez la vache boiteuse ; elle est de 42,6 % chez la vache non boiteuse. L’origine de cette différence est essentiellement alimentaire ; entre autres parce que la vache boiteuse ne va pas manger, d’où des déséquilibres ».
Prévoir une bonne table et un bon lit
Une vache en bonne santé s’alimente de 7 à 9 fois par jour. « Dont deux gros repas par jour, pour une durée totale de 7 heures passées à la table d’alimentation ». Autant dire que l’éventuel inconfort bride la prise alimentaire. « Regardez l’épaule des vaches : très souvent vous voyez l’impact des boulons de cornadis. De même : si les margelles devant les cornadis facilitent le raclage, elles gênent considérablement l’approche de la vache ; regardez ses genoux esquintés ». Pourtant des solutions simples permettent de faciliter l’accès à l’auge : « Par exemple, en avançant la barre de garrot de 20 cm ; en rehaussant la table d’alimentation de 15-20 cm ».
Parce qu’elle passe près de la moitié du temps couchée (43 % de son temps), la vache doit à l’évidence y trouver du confort. « Une vache couchée travaille : elle rumine et donc fait fonctionner sa machine à lait », indique P. Deru, tout en donnant un indice pour détecter la vache « à l’aise » : elle étend souvent un de ses membres antérieurs.
Pas question cependant de donner des dimensions pour le couchage. Trop de différence de format entre les troupeaux. « Les logettes, si elles sont favorables à l’hygiène, à la main-d’œuvre, à l’économie de paille, elles ont aussi leur revers. On observe plus de traumatismes, de boiteries, de tarsites. La vache éprouve parfois des difficultés à se coucher et à se relever », affirme le spécialiste en donnant un repère : « Dans une situation confortable, la vache met moins de trois secondes pour se lever ou se coucher. Un temps plus long est le signe d’une hésitation : la vache a peur de se faire mal ».
Didier Le Du
Le bien-être en 5 points
1•Les pieds et les membres : la production laitière est portée par un système locomoteur solide.
2•La prise alimentaire : une vache gênée mange moins et produit moins.
3•L’abreuvement : prévoir un point d’eau pour 20 vaches.
40 % de la buvée a lieu après la traite.
4•Le temps de repos : des barres de logettes trop luisantes sont synonymes de frottement donc de manque de place.
5•La ventilation : une vache équivaut à un radiateur de
1 200 watts ; elle dégage 15 litres d’eau par jour.
Légende photo : Visiblement, cette vache apprécie le confort de sa logette. Bien reposée, sa production ne sera que meilleure.