
Rationaliser le temps de travail et réduire le coût de production. En 1997, Vincent Merrien s'installe sur le Gaec familial de Mézalia, à Cléder, sur le littoral nord-finistérien, et il engage une réflexion pour améliorer son parcellaire par l’échange entre voisins. “En m’installant, j’ai amené 2,20 ha en 12 parcelles aux 18 ha que comptait l’exploitation. En 1998, nous avons repris 20 parcelles pour une surface de 5,8 ha. Nous avons inclus ces surfaces dans un échange finalisé en 1999”, explique Vincent Merrien.
Résultats concrets
Grâce à ce regroupement et des acquisitions régulières, le Gaec de Mézalia dispose aujourd'hui de 35 ha répartis en seulement 5 îlots, “80 % de la surface se trouve sur 2 îlots et nous avons 16 ha accessibles directement depuis le corps de ferme, sans passer par la route”. En plus de la sécurité, le gain de temps se fait donc sur les trajets mais aussi sur les manœuvres car la forme des champs a été bien améliorée. Au niveau des aménagements, il y a eu finalement peu de modifications à apporter, “au moment de l’échange, nous avons supprimé une centaine de mètres de talus au milieu d’un champ. Nous avons aussi prolongé une haie sur un autre ensemble pour protéger les cultures des embruns”. C’est surtout à la constitution du dossier que le jeune agriculteur à consacré du temps. Car avant d’échanger un bout de terrain avec un voisin, il faut souvent passer du temps à expliquer la démarche et étudier comment optimiser les bénéfices de chacun.
Démarche volontaire
Au départ, “il faut tâter le terrain et avancer progressivement pour amener la réflexion et commencer à regarder les plans”, explique l’agriculteur. Jérôme Vacquet, conseiller aménagement à la chambre d'agriculture qui a accompagné le dossier, ajoute, “il faut au moins une personne motivée pour que le dossier avance car un échange parcellaire doit rester un projet des agriculteurs. Au fur et à mesure, il y a un binôme qui se créé entre cet agriculteur (ou ce groupe) et le conseiller qui se doit d'avoir un œil extérieur et garantir que chacun ait un intérêt à s'engager dans la démarche”. En effet, l'échange de terres reste une démarche volontaire, “il faut absolument que tout le monde y gagne, sans quoi l'échange ne doit pas se faire”, insiste-t-il. En effet, il faut bien voir que les gains obtenus par Vincent Merrien ne se sont pas fait au détriment des voisins ; eux aussi ont vu leur surface devenir plus facile à exploiter, “sur notre ensemble de 16 ha autour de la ferme, il y avait 80 parcelles au départ”, illustre-t-il. “Là où ça se complique et qu'il y a le plus de travail, c'est lorsque quelqu’un à l'impression que le voisin gagne plus. Souvent, cela fait oublier à cette personne qu’elle a un intérêt à échanger”, ajoute Jérôme Vacquet.
“Pour faire quelque chose de convenable, il vaut mieux être 5 que 2”, poursuit le conseiller, car on augmente les possibilités d'échanges. Mais il convient de ne pas être trop nombreux quand même pour éviter les blocages car “tout le monde doit être d'accord”. L’échange de Cléder en 1999, est un peu l’exception qui confirme la règle, puisque 20 exploitations et 48 propriétaires étaient concernés. “Au final, il a fallu 120 signatures pour que cela se fasse”, souligne Vincent Merrien.
Investissement plus que raisonnable
Après ces échanges qui ont coûté de l'ordre de 150 euros / ha, subventions déduites, Vincent Merrien et ses associés exploitent un parcellaire qui les satisfait. C’est un investissement qui revient à “quelques centimes, si l’on raisonne à l’échelle d’une génération”, enchérit-il. Centimes dérisoires face aux économies réalisées chaque année. Même s’ils sont difficilement estimables, les gains sont réels et portent autant sur le temps de travail que sur “une possibilité de raisonner différemment”, notamment pour les investissements, “nous avons pu nous équiper de matériels qui n’auraient pas été adaptés” à des parcelles plus petites et aux formes parfois improbables.
Ronan Lombard
Gaec de Mézalia
En 2010, les 4 associés du Gaec de Mézalia ont cultivé :
•25 ha d’artichauts,
•18 ha de choux fleurs,
•3,5 ha d’échalottes,
•1 ha de maïs grain,
•1,5 ha de radis noir et cucurbitacées (essai).
Légende photo : C’est en regroupant 5 morceaux grâce aux échanges et acquisitions que les associés ont constitué cette parcelle de 2,5 ha en front de mer. Avoir des parcelles relativement géométriques et d’une taille intéressante était un préalable à l’acquisition de matériels adaptés, comme ici pour la récolte des choux fleurs.