
Les performances techniques des élevages de porcs ne cessent de progresser. Sur la dernière décennie, 500 kg de porc supplémentaires ont été gagnés par truie et par an. L’indice de consommation s’est amélioré de plus de 0,3 point. Dans le même temps, le coût de construction d’une porcherie a presque doublé. Alors que le cours du porc était auparavant cité en exemple en termes d’amplitude de variation, il n’atteint plus, depuis des années, les niveaux qui permettaient aux élevages de maintenir leur capacité d’investissement. C’est au contraire le prix de l’aliment qui atteint trop souvent des sommets. Aussi, face à la flambée actuelle des matières premières, les éleveurs subissent une nouvelle dégradation de leur situation financière : plongée de la trésorerie, capacité de remboursement de nouveaux emprunts quasi inexistante, point d’équilibre prévisionnel pour tout nouvel investissement bien supérieur à ceux du cours du porc. Comment permettre alors à l’éleveur de maintenir une vision prospective et dynamique de son élevage ? Il convient d’intégrer le phénomène de volatilité croissante à tout projet, et de rester plus que jamais ouvert à toutes les possibilités.
Un plan sur 5 ans
Face à la question de l’investissement, l’éleveur ne peut d’abord qu’optimiser le potentiel des bâtiments existants et de la main-d’œuvre présente sur l’exploitation. Puis, il doit s’obliger à envisager différents scénarii, sans préjuger du choix final. Face aux augmentations techniques de production, quel est l’optimum économique ? Faut-il rechercher le volume maximal, ou au contraire l’adaptation à la capacité de production de l’outil ? Vaut-il mieux privilégier la croissance externe (par reprise d’élevage) ou au contraire miser sur la croissance interne ? Toutes les voies de mutualisation des investissements ont-elles été explorées ? Quelles seront les incidences de l’investissement sur la transmission future de l’élevage ? Dans tous les cas, c’est en établissant un plan d’investissement au minimum sur 5 ans, et en pensant à intégrer les investissements de renouvellement que les décisions devront se prendre.
Des tableaux de bord
C’est aussi en ayant approché au plus juste, bien sûr, le niveau du point d’équilibre prévisionnel, mais plus encore ses variations, que l’éleveur sera le mieux armé face aux risques. Pour maîtriser ces différents facteurs de risque, l’éleveur doit bâtir avec son conseiller des tableaux de bord personnalisés qui lui permettront de suivre en direct l’évolution des paramètres vitaux pour son entreprise : incidence du coût des matières premières sur le coût alimentaire, suivi des critères clé de réussite technique, suivi et anticipation des mouvements de trésorerie…
Ainsi, en connaissant parfaitement les facteurs de risque inhérents à son investissement, le producteur pourra optimiser les conditions de réalisation du projet avec l’ensemble de ses partenaires. Il pourra alors négocier les conditions de règlements, d’acomptes auprès des fournisseurs, veiller à emprunter sur des durées cohérentes avec la durée de vie de l’investissement, ou solliciter des financements court terme à la hauteur des besoins. Ceci, sans oublier de prendre toutes les garanties nécessaires à la protection du patrimoine privé.
Cette démarche raisonnée suppose également un engagement mutuel de l’ensemble des partenaires. Car, sans un véritable sursaut et engagement à répartir les marges plus équitablement au sein de la filière, sans prix rémunérateur, sans confiance en l’avenir, la question même de l’investissement risquerait de ne plus se poser.
Dominique Dubreuil
CER France Morbihan
Légende photo : La première démarche consiste à optimiser le potentiel des bâtiments existants et de la main-d’œuvre présente sur l’exploitation.