Producteur de céréales sur 70 ha (blé dur), et de poulet label (2x400 m2), Bernard Lannes s’est montré particulièrement incisif, mardi soir à Plérin. Quelques messages ressortent : il faut du prix, de la régulation, et pourquoi pas de la contractualisation si elle est équitable. Le discours est ferme, proche du terrain, et passe bien auprès des militants. « Un éleveur qui parle aux éleveurs ». La perspective des prochaines élections à la Chambre d’agriculture début 2013 est évidemment présente. Il ne s’en cache pas.
Du prix, et surtout pas question de dire que celui des céréales est trop élevé. « Nous sommes au niveau de 1980 ». Il ajoute « Ce qu’il faut, c’est une indexation du prix des viandes sur le prix des céréales ». Il se veut aussi un ardent défenseur de la régulation. Son meilleur argument : « Les Etats-unis y pensent et y travaillent ». Il ne veut pas fermer les frontières, mais mettre en place des dispositifs qui permettent d’importer seulement ce que le marché européen a besoin pour combler les éventuels déficits et garantir son équilibre. Il préconise une TVA sociale pour ramener les prix importés au niveau des prix intérieurs. Et clairement affirme « non à la politique du tout marché ».
Ouvrir les interprofessions
Sur la contractualisation son discours s’avère tout aussi carré. « Des contrats, j’en signe mais pas n’importe lesquels ». Pierre Lech’vien président de la Coordination Rurale 22 abonde : « Nous avons l’expérience de l’aviculture avec des contrats qui ne sont en fait que des contrats de fourniture au prix décidé par l’intégrateur. Dès lors on devient des ouvriers spécialisés mais sans les avantages des salariés ».
La Coordination rurale s’oppose donc à une contractualisation, telle celle qui est envisagée par la coopération française. Philippe Mangin, président de coop de France et Xavier Beulin, président de la FNSEA, sont régulièrement écorchés. L’occasion pour le président national de rappeler que le dossier des interprofessions n’est pas clos. « Le ministre s’est engagé à ouvrir ce dossier, et nous ne le lâcherons pas. Il doit décider rapidement ». Rappelant « l’aberration d’une cotisation volontaire obligatoire (CVO), payée par tous les producteurs, mais qui ne sont représentés que par le syndicalisme d’Etat ».
Il ironise sur la possibilité d’une contractualisation entre les filières céréalières et animales. « La spéculation a horreur de la stabilité ». Il est d’autant plus sceptique que « certains céréaliers qui ont par le passé signé des contrats de fourniture de céréales pour la production d’éthanol ne seraient pas disposés à en signer d’autres ».
Conclusion du président départemental : « Ne laissons pas aux autres le soin de décider pour nous. Proposons une nouvelle Pac pour redonner de la dignité aux hommes et aux femmes qui travaillent sur les exploitations. Non à une contractualisation imposée par les industriels de l’agroalimentaire, pour ne pas devenir des « agro-compagnie-lowcost ». Il appelle ses adhérents à aller sur le terrain convaincre leurs voisins.
Pierre Dénès