
L’envolée du prix de l’aliment, la flambée du coût de l’énergie, ajoutées à l’augmentation des charges financières liées aux investissements improductifs des diverses mises aux normes ébranlent les filières agricoles. Le centre de gestion Cerfrance organise actuellement des réunions d’information pour tenter de délivrer un message positif. Plus que jamais il convient de gagner en compétitivité, de gérer les risques et de valoriser au mieux les produits. Certains producteurs y arrivent mieux que d’autres. « Le prix d’équilibre (prix de vente nécessaire pour couvrir les charges, le remboursement des annuités et les prélèvements privés) en production laitière est de 308 euros aux 1000 litres de lait vendus », indique Anne Lucie Meunier, économiste au CER France. « Les écarts sont cependant importants : 17% sont en dessous de 260 euros/1000 l et 15% au dessus de 360 euros/1000 l ». De tels écarts s’observent également en production porcine. 9% sont en dessous de 1,15 euro/kilo de prix d’équilibre. 14% sont au dessus de 1,45 euro ; généralement les récents investisseurs.
Vendre ou acheter au meilleur moment
La variabilité du prix d’équilibre, notamment en production porcine, est de plus en plus importante, influencée par l’envolée du prix des céréales sur les récoltes 2008 et 2010. L’EARL du Bois Joli, à Saint Marcel, fabrique son aliment porc à la ferme et se félicite d’avoir augmenté ses capacités de stockage. « En plus des céréales produites sur l’exploitation, nous stockons des céréales achetées par contractualisation, sur plusieurs mois », explique Jacques Mainguy. Le gain est estimé à 20 euros par tonne. L’éleveur s’interroge désormais sur l’opportunité de se positionner sur le marché à terme. La mise aux normes bien-être a été anticipée également. « Nous l’avons faite à un moment où on pouvait se le permettre ». Les investissements sont réalisés par étape. « Depuis mon installation, nous avons toujours calculé l’impact de toute annuité supplémentaire sur le prix d’équilibre ». Les évolutions récentes remettent en cause les schémas traditionnels. La gestion du risque financier devient primordiale. Là encore, les capacités de stockage peuvent faire la différence. « Nous ne vendons plus toutes nos céréales à la récolte, comme auparavant », explique l’un des associés du Gaec Merel, producteur de lait et de céréales à Monterfil (35). « Le tiers de la future récolte de 2011 est déjà vendue. Nous vendrons un autre tiers à la récolte et nous conserverons le reste en stock, en prévision. Nous équilibrons ainsi le risque au maximum ».
Cher pulvérisateur
A la société SEP Alpha, réalisée entre 5 Gaec, en Ile et Vilaine, c’est l’achat en commun d’un pulvérisateur qui a permis de limiter les investissements tout en bénéficiant d’une technologie de pointe. Le gain économique, sur l’aspect matériel est estimé à 7,90 euros /hectare (+ 1,80 euro en tenant compte de la main d’œuvre). « Nous achetons également nos produits de traitements en commun. Le gain est de l’ordre de 10 à 15 % sur le prix des produits. De plus, un seul local phytosanitaire, aux normes réglementaires, a été aménagé entre les 5 Gaec », se réjouit Jean-Michel Arondel, l’un des associés. L’équipement pour le stockage de l’azote liquide est également partagé entre les 5 groupements. Les exemples de distribution par remorques mélangeuses automotrices, achetées en commun, sur plusieurs élevages, sont de plus en plus nombreux. Les regroupements d’exploitation, pour optimiser les bâtiments d’élevage également, avec toutefois un nouveau risque à gérer, celui des relations humaines.
D’autres agriculteurs tentent de gagner sur la valorisation des produits. Labellisation, bio ou vente directe ; les leviers existent. Contraire-ment aux charges, que tous les producteurs peuvent traquer, la commercialisation sous signe de qualité ne peut toutefois concerner qu’une petite partie de la production.
Bernard Laurent
Chiffres à l’appui
Production laitière
•Le remboursement des investissements atteint 85 euros/1000 litres
•L’endettement croît de 4 à 5% sur la dernière année
•Résultat courant/UTH (clôtures 1er semestre 2010) :
9476 euros (19282 euros au 1er sem. 2009 ; 30199 euros au 1er sem. 2008)
Production porcine
•Résultat/UTH (clôtures 1er semestre 2010) : 27395 euros (15627 euros au 1er sem. 2009 ; 10628 euros au 1er sem. 2008)
Légende : Anne Lucie Meunier, CER France