
Preuve d'un certain dynamisme, "le nombre de planteurs bretons a progressé pour la première fois depuis bien longtemps", illustrait Emmanuel Guillery en présentant la campagne plants de pomme de terre 2009 – 2010 en Bretagne. En 2009, les 312 producteurs ont ainsi soumis 4 900 ha au contrôle, dont 98,4 % a été accepté. Avec 845 ha, soit 101 de plus qu'en 2008, Spunta reste la principale variété, tandis que l'ensemble des variétés protégées a représenté 70 % des surfaces. Les rendements en 2009 (39,2 t / ha) ont marqué un léger repli, surtout visible pour le dessus-de-plant.
Des volumes mais pas de prix
Le volume total commercialisé s'est approché du record de 2007 – 2008, grâce aux 73 400 t exportées, qui ont plus que compensé la diminution de 5,2 % du débouché national. Mais cette progression de 1,5 % sur un an est à relativiser face au bond des exportations néerlandaises, plus de 8 %, à l'origine d'une affluence accrue de l'offre mondiale. Très logiquement, les prix ont donc été le point noir de la campagne. Avec une baisse moyenne de 15 %, ils ont diminué pour la seconde année consécutive. Sur certaines destinations, le recul atteint même 30 %. Pour les producteurs, le constat est clair : la moyenne 2009 – 2010 de la marge brute par hectare établie par le CER du Finistère a diminué de 35 % par rapport à l'exercice précédent et est très nettement la plus faible des 4 dernières campagnes achevées.
Cela aurait dû être mieux en 2010 – 2011. Jusqu'en septembre, tous les indicateurs étaient au vert. Les plantations ont bénéficié de conditions météorologiques favorables. Le rendement moyen brut est resté équivalent à celui de 2009 malgré le rhizoctone, les pucerons, les taupins et la sécheresse qui a pénalisé le sud de la région. La grande satisfaction venant de la meilleure orientation des prix, du fait d'un retard des récoltes au nord de l'Europe et d'un rendement qui y serait globalement en recul de 3 %.
Du vert au médiocre
En octobre, l'optimisme de rigueur laisse la place à la frustration. Les grèves portuaires dérèglent la machine. Les retards de livraison induits ont même parfois eu raison de la patience de clients refusant leur livraison. En perturbant les chantiers de conditionnement et paraly-sant les routes, ce sont ensuite les vagues de froid qui ont définitivement anéanti l'avance que la Bretagne avait sur l'ogre néerlandais. Cerise sur le gâteau, le 12 janvier, jour de l'assemblée générale de Bretagne Plants, un nouveau mouvement de grève initié la veille dans les ports français laissait présager d'une fin de campagne prématurée pour les exportateurs bretons.
Le thème de la table ronde de clôture était donc plus que jamais d'actualité puisqu'il concernait l'optimisation de la chaîne logistique pour développer les ventes. Le pessimisme des participants quant à la compétitivité et l'avenir des ports français, notamment sur le trafic des containers, témoignant de la pertinence du sujet retenu et de la nécessité de systématiser de nouvelles solutions pour satisfaire les clients. Car il faut désormais intégrer le fort développement du trafic des containers qui prend nettement le pas sur les petits bateaux frigorifiques.
Améliorer la logistique pour gagner en compétitivité
Pour contribuer à la réflexion, Mohamed Ben Mansour, un importateur tunisien, avait fait le déplacement pour présenter les attentes des clients étrangers, tant au niveau de la création variétale que sur la logistique. Sur ce dernier point, il a par exemple, émit un besoin de répartition des expéditions auquel le container répond plus facilement qu'un transport en bateau spécifique nécessitant de regrouper des volumes importants. Sur les palettes, il a aussi précisé que systématiser la mise en filet et l'affichage de la variété et de la classe permettraient d'éviter beaucoup de pertes de temps et de marchandises à la réception des plants bretons.
Pour les destinations plus proches, le transport combiné rail – route qui fait son apparition dans la région à été présenté à l'assemblée par Combi-West qui met en service une ligne Rennes - Mâcon - Lyon dès février et projette de l'étendre jusqu'à Morlaix. Pour la filière plants de pomme de terre, cela pourrait être une opportunité de remédier à l'isolement de la péninsule bretonne. Transporter sur le rail des caisses routières et des containers chargés à la ferme, une solution économique pour livrer la France et le sud de l'Europe, voire peut être un jour aller jusqu'à Anvers, "le premier port exportateur français", dans l’esprit de certains importateurs étrangers.
Ronan Lombard
Photo : De droite à gauche, Dominique Morvan, le président de Bretagne Plants et Emmanuel Guillery, son directeur.
Un laboratoire opérationnel en mai 2011
Dans le cadre de sa mission de production de matériel de départ, Bretagne plants s'équipe d'une nouvelle installation. Le site de Kéranguéven, à Hanvec, regroupera ainsi les 4 étapes de l'obtention : le laboratoire in vitro, la serre de sevrage, les tunnels de multiplication et un local de stockage.