Le marché de l'œuf est au plus bas, dans un contexte de surproduction européenne. La hausse du prix des matières premières de l'aliment pondeuse arrive au plus mauvais moment. En effet, depuis juin 2010, le prix du blé a augmenté de 100 %, celui du maïs de 70 % et le soja de 21 %.
De 42 à 45 % de hausse
"Nous avons dû augmenter le prix de l'aliment pondeuse de 42 à 45 % en l'espace de 6 mois", explique Patrice Sort, responsable négoce des œufs au Gouessant. La coopérative est un intervenant majeur en Bretagne avec 4,2 millions de poules. "Nos adhérents produisent plus d'1 milliard d'œufs/an dont 25 % en système alternatif (plein air, bio, label…)".
L'aliment entre pour 65 % dans le prix de revient de l'œuf. Quand le prix de l'aliment progresse de 45 %, le coût de production de l'œuf augmente de 28 %. "Nous avons chiffré la seule incidence de la hausse de l'aliment à 1,43 euros pour 100 œufs produits. Quand on ajoute les incidences de l'alimentation de la poulette, de la hausse de l'énergie, des emballages…, on arrive à 1,60 euro pour 100 œufs". A l'échelle d'une boîte de 10 œufs, l'incidence paraît faible (16 cts) mais pour un élevage de 80 000 poules produisant 24,5 millions d'œufs par an, le coût supplémentaire lié à l'aliment représente plus de 390 000 euros/an.
Refus des centrales
"Nos oeufs sont orientés à 85 % vers les centres de conditionnement et 15 % vers les casseries, avec des engagements à moyen terme de 3 à 8 ans", déclare Patrice Sort. "Nous ne mettons des poulettes en production que si le débouché est assuré". Les transactions reposent sur des contrats indexés sur le prix de l'aliment. Jusqu'à présent, les centres de conditionnement ont répercuté les hausses de coût et payé les groupements de producteurs. "Le maillon suivant, ce sont les centrales d'achat qui font la sourde oreille et ne veulent pas répercuter ces hausses de coût. Elles profitent de leur concentration pour faire pression sur des fournisseurs très dispersés".
"Nous sommes inquiets car les centres de conditionnement ne peuvent pas supporter une telle hausse de coût sans la répercuter aux centrales d'achat", poursuit le responsable. Ce sont des métiers de volumes avec des marges très faibles. "La pratique des centrales d'achat risque d'accélérer la restructuration des centres de conditionnement", estime P. Sort. Il en reste trois en Côtes d'Armor contre 11, il y a 10 ans. Une telle pratique risque aussi d'avoir des conséquences sur le maillon production. Or, les producteurs sont déjà confrontés aux charges liées à la mise aux normes bien-être. Ce constat doit mobiliser les éleveurs d’autant que les hausses vont se poursuivre.
Patrick Bégos
Baisse de la consommation en Allemagne
934 élevages supplémentaires de porcs, poulets et pondeuses, ont été fermés en Basse-Saxe après la découverte d'un fournisseur d'aliment ayant reçu des graisses contaminées à la dioxine n'ayant pas transmis la liste complète de ses clients. Au plus fort de la crise, début janvier, 4 700 élevages avaient été fermés provisoirement. Selon les autorités régionales, des produits issus de ces exploitations, notamment des œufs, ont pu être commercialisés, pendant 10 jours, avant que l'affaire ne soit découverte. Ces pratiques auraient entraîné une baisse de 20 % de la consommation d'œufs en Allemagne. Les œufs hollandais, traditionnellement vendus en Allemagne, sont orientés vers d'autres pays européens dont la France, ce qui pèse sur le marché.