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Côtes d'Armor (22)
Luc Guyau, président de la FAO à Quessoy / L’alimentation est un enjeu stratégique
 

Luc Guyau, l’actuel président de la FAO intervenait dans le cadre d’une journée consacrée à l’alimentation à la Ville Davy à Quessoy. La FAO, structure proche de l’ONU (Organisation des nations Unies), travaille en permanence dans le respect de la souveraineté des Etats. « En clair, la FAO n’a pas vocation à imposer, mais à proposer des orientations, et avec l’accord des Etats concernés à accompagner les actions ». Toute une démarche effectuée également en relation avec le FMI (Fonds monétaire international) et bien sûr l’ONU. Du temps donc, mais aussi du concret. Il cite l’éradication de la peste bovine dans le monde, ou encore le programme de lutte contre les criquets pèlerins qui dévastent les cultures.


30 % de la production et perdue


À la question, quelles sont les principales préoccupations de la FAO, son président place évidemment au premier rang l’alimentation. On peut difficilement s’en étonner, quand il rappelle que la population mondiale pourrait atteindre entre 9 et 11 milliards d’habitants en 2050, dont 850 millions directement concernés par la faim. Il rappelle cependant qu’entre 1950 et 2010, le nombre d’habitants sur la planète est passé de 2,5 milliards à 6,5 milliards, mais que le nombre personnes malnutris a été stabilisé. Ajoutant « Il ne faut toutefois pas sans satisfaire, car aujourd’hui encore un enfant meurt de faim toutes les 6 secondes dans le monde ».
Et pourtant, ce ne sont pas forcément  les ressources qui font toujours défaut. « 30 % de la production agricole et alimentaire mondiale n’aboutit pas dans la bouche du consommateur ». Il explique les raisons : 15 % dans les pays en voie de développement sont perdus faute de moyens logistiques (transport, technique de conservation ….) ;  15 % dans les pays riches,  sont gaspillés. Ce qui lui permet aussi d’affirmer  que « l’aide alimentaire n’est qu’une étape ».
Et nul doute pour lui, « il faut mettre en route la fonction de production car le monde a tout de même besoin de produire plus ». Et de produire d’abord là où il y a des bouches à nourrir. « C’est-à-dire relancer la production locale de proximité ». Réfutant  l’argument qui consiste à dire « produisez pour l’industrie (exemple le coton en Afrique) et nous on vous fournira l’alimentation. Car il arrive des périodes où lorsque les prix montent, ces pays n’ont plus les moyens d’acheter, et parfois lorsqu’ils ont l’argent, la marchandise n’est pas disponible ».


Protectionnisme et stocks mondiaux


Pour le président de la Fao, aucune région du monde ne peut s’exonérer d’avoir une politique agricole adaptée à sa situation géographique, climatique, sociale. « On n’échappera pas à un certain protectionnisme ». De même il est indispensable de disposer d’un minimum de stocks mondiaux pour éviter la volatilité des prix. « La volatilité des prix ne peut qu’entraîner une politique de concentration  et du désordre  mondial ». Il insiste sur le fait qu’aucun pays ne doit se sentir épargné. Il prend l’exemple de l’Australie. « Ce pays qui fait 14 fois la France avec seulement 20 millions d’habitants a été contraint, pour la première fois d’importer des denrées de base ».
Alors est-ce possible de faire évoluer les comportements ? Luc Guyau estime que oui « car les chefs d’Etats se rendent compte que la pénurie alimentaire peut entraîner des émeutes de la faim ». Par ailleurs, alimentation, immigration et paix dans le monde apparaissent de plus en plus étroitement liées. En fait, l’alimentation est un enjeu stratégique pour la stabilité du  monde.
Il conclut en revenant sur la place des producteurs: « En fait pas d’avenir pour une alimentation suffisante si pas de politique agricole durable qui respecte aussi les producteurs en leur assurant un revenu, qu’ils soient  bretons ou dans un village africain ».

Pierre Dénès





FAO, une structure ou le consensus est la règle
Un agriculteur à la tête de la Fao, c’est d’abord une originalité. Luc Guyau, l’actuel président a préalablement exercé de nombreuses responsabilités dans le monde agricole (CNJA,FNSEA, APCA …). Il rappelle que c’est la première fois qu’il s’agit d’une personnalité de la société civile. D’ailleurs, les 191 personnes représentant les pays membres sont tous des ambassadeurs ou des délégués des ministères des affaires étrangères. La FAO est aussi par nature une structure de consensus. « Il faut savoir prendre du temps et aller le plus loin possible dans les discussions qui se font en 6 langues ». Reconnaissant que l’homme d’action et de décisions qu’il était a dû s’adapter.



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Date de l'article : semaine du N° du 14 au 20 Janvier 2011
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