
Les perfectionnistes refuseront l’idée de distri-buer la ration de maïs deux fois par semaine. Deux fois par jour leur conviendraient sans doute mieux. Pourtant, des essais de l’Inra et de l’Institut de l’élevage montrent que la distribution bihebdomadaire de maïs n’altère pas les résultats. Du moins en hiver.
Ration mélangée tous les 3 ou 4 jours
Objectif de cette pratique : la simplification du travail. La diminution de la fréquence de distribution permet à la fois un gain de temps et, le cas échéant, une mutualisation des dépenses de mécanisation en partageant le matériel entre éleveurs.
L’espacement des distributions en ration humide pose le problème de la conservation contrairement aux rations sèches qui s’accommodent très bien de cette technique. Faute de conservation optimale, l’ingestion de maïs pourrait diminuer, entraînant une baisse des performances et un risque sanitaire accru. Des problèmes liés à l’altération de la stabilité des ensilages, notamment en été, ont été mis en évidence lors des essais réalisés par les deux instituts.
Ces essais ont duré 8 semaines avec 3 lots de vaches en phase descendante de lactation. Les animaux étaient alimentés avec une ration mélangée à base d’ensilage de maïs (70 %) et de concentré (30 %). Un des deux lots alimenté deux fois par semaine recevait du maïs traité avec un additif (Lactobacillus buchneri).
« Les quantités ingérées et les performances laitières des vaches n’ont pas été significativement modifiées par la fréquence de distribution de la ration, ni par le traitement par L. buchneri. Lors de la dernière semaine, une hausse des taux cellulaires, ainsi que de la concentration en spores butyriques, a été observée dans le lot de vaches recevant la ration préparée avec l’ensilage non traité distribué deux fois par semaine », ont résumé les responsables des essais, lors des 17e Rencontres Recherches Ruminants qui ont eu lieu en décembre dernier à Paris.
Gare aux maïs qui chauffent
Une augmentation des températures des rations séjournant 3 ou 4 jours dans l’auge a été observée par rapport à celles mesurées dans la ration distribuée quotidiennement. « Un échauffement plus rapide et plus marqué est mesuré dans les auges contenant la ration non traitée avec l’additif par rapport à la ration traitée ». Environ 5 ° C de différence pour des maïs non traités qui peuvent monter à plus de 35 ° C.
Une distribution deux fois par semaine semble donc entraîner, en particulier en période de hausse de température (printemps), un risque d’échauffement de la ration à l’auge. « Ceci peut laisser penser à la détérioration de sa valeur hygiénique et nutritionnelle, sans que nous ayons pu mettre en évidence, dans cette étude d’impact significatif sur les performances des animaux », indiquent les chercheurs. Et d’ajouter : « L’utilisation de L. buchneri pourrait permettre de prévenir une telle altération significative de la stabilité aérobie des ensilages de maïs et une réduction de la croissance de flores d’altération, levures, moisissures et clostridies avec cette souche (résultats d’études de Kristensen et la. 2010 ; Tabacco et la. 2009 ; Schmidt et Kung 2010). »
D. Le Du
Photo : Une diminution de la fréquence de distribution de la ration est envisageable sans modification sensible des performances laitières.
À retenir
La simplification de la distribution des rations aux vaches laitières est à réserver à la période hivernale. Pourquoi ne pas la réserver aux périodes de vacances (Noël), aux week-ends (distribution le vendredi et le lundi), etc.
Il est important de bien veiller à préserver les qualités nutritionnelles et hygiéniques de la ration notamment en évitant un échauffement de la ration à l’auge. « Il serait intéressant de compléter ce travail en étudiant plus spécifiquement le comportement alimentaire des vaches et leur capacité d’adaptation à ces nouvelles pratiques », estiment les ingénieurs de recherche.