
Les avantages de l’association sont connus : limitation des charges de structure et gain de temps libre. Les inconvénients sont souvent occultés : les conflits entre associés. Pourtant, la réussite du modèle désormais dominant en agriculture repose sur des relations humaines saines. Un modèle propre au secteur agricole, rare dans d’autres secteurs d’activité, où plusieurs décideurs se partagent le travail et les responsabilités. Voué à l’échec pour certains, épanouissant pour d’autres. La vérité, pour Yves Le Guay, consultant en relations humaines à « Gaec et sociétés » : « plus on s’occupe de relations humaines dans les sociétés agricoles, plus on trouve les conflits ». Et ils sont dévastateurs. Pour l’équilibre économique de l’entreprise, pour les personnes, pour l’entourage. « Ils donnent, en plus, une image néfaste de l’agriculture ». Les dissolutions de sociétés sont souvent rapides et sans concession. « Dans le contexte actuel, les tensions relationnelles existantes sont exacerbées. Pourtant, cette situation ne se traduit pas par une augmentation forte des demandes de médiations », remarque Sylvie Robin, de la commission emploi de la Chambre d’agriculture. Alors, service méconnu ou manque de confiance dans la procédure de médiation et de ses résultats ?
Demande tardive
« Le service commence à être connu mais, lorsqu’il est demandé, il est demandé trop tard. Les situations sont déjà trop envenimées », poursuit Yves Le Guay. « Les associés, notamment les jeunes, sont mobilisés par les aspects techniques, juridiques et économiques. Rarement par le relationnel. Il conditionne pourtant 80% de la réussite du projet ». Les jeunes devraient travailler au préalable comme salariés sur l’exploitation de leurs futurs associés ; les groupes devraient se faire accompagner, au départ, par un tiers ; tous les associés devraient suivre des formations sur le développement personnel et la communication. Ces actions de prévention permettraient, selon l’expert, de limiter les conflits et, en dernier recours, d’être dans l’obligation de faire appel à un médiateur.
Des résultats ?
La médiation vise à la pacification. Qu’en est-il des résultats ? « Ce n’est pas facile à évaluer. Sur quels critères peut-on se baser et sur quelle durée, pour juger de son efficacité ? ». Il conviendrait pourtant d’étudier les situations après conciliation. Le meilleur moyen, selon lui, pour promouvoir la procédure.
Dans l’immédiat, les Relais médiation du Morbihan et d’autres départements, en collaboration avec l’Université de Bretagne Sud souhaitent étudier les situations de séparations d’associés, dans le délai de deux ans d’installation. « Nous voulons comprendre les facteurs et les conditions qui contribuent à l’engagement et aux désengagements des associés afin de prévenir et d’apporter des solutions dans les conflits, mais surtout dans la préparation à l’installation et dans les formations que nous proposons aux agriculteurs », indique Sylvie Robin. L’enjeu est important.
Bernard Laurent
Photo : Yves Le Guay, consultant en relations humaines à « Gaec et sociétés », considère le relationnel comme le principal facteur de réussite dans une société agricole, bien avant la technique. Au second plan : Marie-Claire Piel, conseillère à la Chambre d’agriculture.