
Au terme de la session de la Chambre d’agriculture, s’adressant à Rémi Thuau préfet du département, Olivier Allain, président, s’est montré particulièrement inquiet « Nous assistons impuissant, non pas à une crise de l’agriculture, mais à une crise de l’élevage. 160 éleveurs de porcs du département se trouvent ni plus ni moins qu’en situation de faillite avec des taux d’endettement très élevés ». Les premiers dépôts de bilan sont annoncés.
Les derniers chiffres disponibles sur les revenus illustrent aussi une situation difficile d’autres secteurs de l’élevage: 12 000 euros par actif en production laitière, entre 4000 et 8000 euros pour les producteurs de viande bovine et 20 000 euros pour les aviculteurs. « Mais pour ces derniers après élimination de 30 % du parc », a t-il précisé. Une situation catastrophique qui fait que le revenu agricole de la France (7,5 milliards d’euros) est inférieur au montant des aides PAC (10 milliards).
Le ras le bol
Le président de la Chambre s’offusque d’autant plus de ce constat que cette politique de prix bas pour les producteurs n’a pas profité aux consommateurs. Au contraire, prenant l’exemple de la viande bovine qui a vu sur 15 ans l’indice des prix payés aux producteurs passé de 125 à 75, alors que l’indice du prix payé par les consommateurs a fait exactement l’inverse, passant de 75 à 125.
Il s’interroge dès lors sur l’utilisation et la répartition des fonds européens. Son constat s’appuie sur l’exemple d’un producteur de grandes cultures en 2010 qui aura, avec 250 hectares, perçu 80 000 euros d’aides Pac en complément d’un revenu déjà très élevé, compte tenu de la flambée du prix des céréales. « Ce genre de situation incohérente risque rapidement de porter atteinte à la légitimité des aides ». Il explique que si seulement un plafonnement existait, citant le chiffre de 50 000 euros, il serait resté une marge de manœuvre intéressante (750 millions d’euros) pour venir accompagner les productions en crise.
Il exprime ainsi un ras le bol général de la profession. Et non seulement, la situation économique n’est pas bonne, mais il a aussi le sentiment que les dossiers traînent et que les représentants professionnels ne sont ni écoutés, ni compris, ni entendus. Trois exemples : « Le dossier dit du « 44 tonnes » annoncé n’est toujours pas en application, alors que cela permettrait de ramener 100 millions d’euros à la filière élevage ». « Le travail autour des BV algues vertes n’est pas reconnu, quand des associations qui n’ont même pas participé aux travaux, se permettent de communiquer pour contester des projets pourtant pertinents. Et que la concrétisation financière tarde ». « La pression environnementale reste forte. Ainsi alors que les négociations sur les normes phosphore se terminent, on a un sentiment d’un « jusqu’au boutisme » qui pourrait aboutir dans la pratique à l’inverse du but recherché ».
Et l’inquiétude
Tous ces propos reflètent une ambiance dans le secteur de l’élevage. « Avec, comme l’a rappelée Florence Le Saint, représentante de la Confédération Paysanne, l’impression que tout le travail effectué sur la productivité se retourne contre les éleveurs, et que le retour de la valeur ajoutée est très faible » . Et aussi souligne Philippe Saliou, représentant des coopératives, « le sentiment d’être de moins en moins compris, et de moins en moins considérés ».
Des responsables pas vraiment rassurés, alors que débutent les négociations de la future Pac (après 2013). Le verdissement annoncé de cette Pac, l’utilisation du mot filière alimentaire, plutôt qu’agricole ou agro-alimentaire, ajoutent à ce que l’agriculture et les agriculteurs craignent que cette nouvelle réforme ne les fragilisent encore plus. Ils voudraient des outils de régulation pour éviter des dérives, -la volatilité du prix des matières premières en est une illustration-, et une politique permettant de donner plus de légitimité aux aides intégrant les notions de production, d’actifs, avec un plafonnement.
Pierre Dénès
Photo : A la tribune de cette session : Christian Schwartz, DDTM, Rémi Thuau, préfet, Rémi Bailhache, vice-président de l’APCA, Olivier Allain, président de la Chambre, Stéphane Gouault, directeur et Jean-Noël Sidaner, vice-président.