
Pas moins de 25 t de MS / ha à l'ensilage et 180 qx pour le grain récolté à 22,5 % d'humidité, les éleveurs du Piémont, de Lombardie et d'Émilie Romagne sont plutôt gâtés par le potentiel de leur maïs. Du 17 au 22 octobre, 10 éleveurs de bovins viande ont accompagné des élèves de BTS du lycée du Nivot (Lopérec, 29) en Italie pour un voyage d'étude sur l'engraissement des bovins dans ces régions. Ils ont pu voir qu'outre ces rendements exceptionnels, ce qui maintient le dynamisme de l'engraissement, c'est le prix qu'obtiennent les producteurs. Pour un jeune mâle Charolais engraissé généralement pour les circuits de la grande distribution, le prix moyen payé au producteur en 2010 est de 2,31 euros ht / kg vif, soit un prix de 3,61 euros ht / kg de carcasse.
Développement musculaire
En Piémont, les éleveurs privilégient les rendements en viande nette et travaillent beaucoup avec la Blonde d'Aquitaine et la Piémontaise. À l'occasion de la visite de son élevage de 1 200 places, le président d'un groupement piémontais d'engraisseurs de jeunes mâles Blonde d'Aquitaine nés en France précisait qu'il préfère travailler avec des animaux "courts et larges". Message adressé aux éleveurs bretons qui ont souvent des animaux avec un squelette développé mais "trop plats". Malgré tout, les broutards nés en France jouissent d'une image très positive de l'autre côté des Alpes et les naisseurs français se doivent de maintenir la qualité de leur production pour conserver cet avantage qui leur assure une place de choix dans le concert des nations présentes sur le marché italien.
Des filières qualité
En plus de privilégier des broutards jeunes, lourds et poussant, il faut aussi répondre aux demandes d'ordre sanitaire notamment vis-à-vis de la FCO. L'écornage des mâles pourrait également être apprécié par les éleveurs italiens qui ont parfois plusieurs milliers de places d'engraissement à gérer. De plus, il faudra s'organiser pour répondre à la forte demande des filières telles que le certifié sans OGM qui représente aujourd'hui la moitié des effectifs de taurillons abattus dans le Piémont. À la vue de leur environnement surtout favorable à l'engraissement, les éleveurs italiens se montrent intéressés par des filières où leur rôle se cantonne à la finition. Pour cela il faut envisager d'assurer la transition en France. D'ailleurs certaines unités italiennes regroupent leurs lots de jeunes mâles de 300 kg sur le territoire français pour les pousser, parfois jusqu'à 100 j, avant de les importer pour la finition.
Travailler sur la saisonnalité des vêlages peut être une autre forme d'adaptation des éleveurs bretons. Sur le marché de Modène, référence pour la cotation des taurillons, les prix ont globalement chuté depuis 2 ans et les cours estivaux incitent déjà les engraisseurs à freiner de plus en plus leur activité à cette période. Avancer la date des vêlages d'automne peut être une solution pour éviter de mettre les broutards bretons en vente à un moment où le marché s'engorge, "d'autant que le climat favorise plus ce désaisonnement en Bretagne que sur les grands bassins allaitants français", rappelle Raymond Barré de la Chambre d'agriculture. Car l'arrivée des énergies renouvelables en agriculture offre des alternatives à certains engraisseurs qui peuvent se permettre de réduire leur production grâce au revenu de la méthanisation.
Beaucoup d'incertitudes
À l'avenir, d'autres facteurs pourraient porter préjudice à l'engraissement italien et donc à l'élevage français. Au premier plan desquels, un renforcement des contraintes environnementales, l'affaiblissement des DPU actuellement de 2 000 euros et la perte des terres agricoles au profil de l'urbanisation. En Lombardie (autour de Milan), 10 ha / j sont perdus par l'agriculture. Sans compter que si les terres agricoles, dont le prix peut dépasser les 100 000 euros / ha, sont favorables à l'engraissement, elles le sont aussi pour d'autres productions telles que le parmesan, l'arboriculture ou la vigne. L'affaiblissement de l'engraissement en Italie se traduirait pour les éleveurs français en une difficulté supplémentaire pour trouver des débouchés et peut être, in fine devoir recréer des unités d'engraissement. Mais la première condition pour que cela puisse se produire un jour sera que les prix à la production permettent aux éleveurs français d'en vivre.
Ronan Lombard
Photo : Ce type d'animal correspond à ce que recherchent les engraisseurs que le groupe a rencontrés en Italie.
La Piémontaise
Avec une base de 150 000 vaches reproduites à 64 % par IA, le schéma de sélection s'axe sur les facilités de vêlage et cherche des animaux au squelette et au cuir fins, avec beaucoup de viande. Les croissances et indices de consommation sont également visés pour cette race dont les femelles adultes pèsent environ 650 kg vif et peuvent produire jusqu'à 20 L de lait / j, mais sur une lactation relativement courte. Cette race se distingue par des bons rendements de viande, plus de 66 % pour le rendement de carcasse et 82 % de viande nette. Les engraisseurs qui travaillent avec la Piémontaise visent un marché haut de gamme, voire de niche avec la production de bœufs spécialement destinés aux réveillons de fin d'année dans la région du Piémont. Pour les taurillons, le prix du kilo vif payé au producteur est de 3,15 euros ht, soit 4,77 euros ht / kg de carcasse. Plus jeunes, les broutards sont achetés par les engraisseurs à un poids de 250 kg pour un prix d'environ 1 150 euros.