
L'Ille-et-Vilaine compte 1350 exploitations comprenant un atelier porc, dont 44% sont spécialisées (contre 54% sur l'ensemble de la Bretagne). En termes d'évolution, les élevages engraisseurs se maintiennent le mieux avec une augmentation de 2% des places de 2000 à 2009. Le nombre de petits sites recule par contre, également chez les naisseurs-engraisseurs (NE) et les naisseurs.
Les NE affichent un léger fléchissement du nombre de places (- 1% en 9 ans). Pour les naisseurs, la chute du nombre de places est de 24% en 9 ans. Globalement, "la production totale de porcs charcutiers a progressé de 7% entre 2000 et 2009", synthétise Maud Marguet, de la Chambre d'agriculture 35.
L'effet aliment
Du côté de la conjoncture, après trois années difficiles, la situation ne s'améliorera sans doute pas avant juin 2011. "Le prix d'aliment va rester élevé du fait de la fermeté des marchés en céréales et soja. Sur 2010, il est estimé à 200 – 210 euros/t en moyenne. Le prix de vente ne couvrira pas le prix d'équilibre moyen en 2010/11", a précisé Geneviève de Lansalut du CER. Certes, les progrès techniques des éleveurs sont constants avec par exemple une croissance de 380 kg nets produits par truie depuis 2000. Mais les effets du prix de l'aliment sont majeurs dans le coût de production. "La maîtrise de ce poste est primordiale".
Autre constat : "de gros écarts existent entre exploitations, avec une partie des éleveurs qui résistent et des exploitations qui deviennent de plus en plus fragiles (taux d'endettement et trésoreries fortement dégradés). Les difficultés peuvent être liées à la structure, mais sont surtout techniques ou de gestion".
Des pistes
Alors comment continuer à investir alors que de nouveaux défis se présentent : normes bien-être, fertilisation phosphore, gaz à effets de serre... ? Geneviève de Lansalut a évoqué quelques pistes : lien au sol, augmentation de la productivité du travail, économies d'échelle, meilleure valorisation (Label, circuits courts), spécialisation, maternités collectives. Le développement de la méthanisation, les marchés à terme font aussi partie des pistes données par certains responsables. Comme rappelé par plusieurs éleveurs, la pression environnementale ou encore l'acceptation sociétale peuvent être des freins aux évolutions.
Dans cette conjoncture tendue, les éleveurs ont souvent du mal à se projeter. "Seulement 25% sont conformes aux normes bien-être sur les 620 élevages avec truies, et 15-20% ont engagé une réflexion. Nous allons continuer à informer les éleveurs", note Nathalie End de la Chambre d'agriculture 35.
Mais, c'est plus inquiétant, beaucoup d'éleveurs ne souhaitent pas se mettre aux normes du fait d'une capacité financière insuffisante ou d'un élevage trop vétuste. D'autres souhaitent arrêter le naissage. Ils doivent toutefois être conscients des risques (sanitaires, pénurie de porcelets...). En cas de naissage collectif, les éleveurs doivent s'entendre... Des aides existent pour la mise aux normes bien-être (contact DDTM). "Concernant la norme sur les caillebotis, nous travaillons pour que le "80% de plein-20% de vide", ne soit appliqué que sur les nouveaux bâtiments", ajoute Nathalie Marchand, présidente de la commission porc Chambre 35.
Un audit pour les plus fragilisés
S'agissant de la problématique environnementale aussi, la filière porcine se pose des questions sur le financement. La diminution des rejets azote et phosphore, la réduction des émissions gazeuses demandent des investissements très lourds et sont encore en phase d'expérimentation. Si pour le moment les banquiers n'affichent pas d'arrêts trop importants d'exploitations porcines, et continuent à installer, la réflexion et l'adaptation doivent être intensifiées dans les mois à venir. Pour les exploitations hautement endettées, la Chambre d'agriculture va proposer un audit gratuit, en mettant autour de la table tous les partenaires de l'exploitation.
Agnès Cussonneau
La moitié des élevages porcins possède un atelier bovin
En Ille-et-Vilaine, 48% des exploitations sont en système porcs + bovins. La majorité des exploitations spécialisées en porc affichent de petites surfaces. Concernant l'âge, 26% des spécialisés ont moins de 40 ans, 50% entre 40 et 55 ans, et 23% plus de 55 ans. 37% des spécialisés ont recours à de la main d'oeuvre salariée. Sur 2007-2009, les projets en production porcine ont représenté 16% des installations aidées, 5% en spécialisés. L'âge moyen à l'installation est de 30 ans, et plus de 80% s'installent en société. 15% ont repris hors cadre familial.
Légende photo : Dominique Trubert et Nathalie Marchand, élus à la Chambre d'agriculture d'Ille-et-Vilaine.