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Volailles / Directive poulets de chair - Le bien-être pourrait pénaliser les marges
 

L'arrêté ministériel du 28 juin 2010 a mis la France en conformité avec la directive européenne sur le bien–être des poulets de chair. "Le premier critère concerne la possession du certificat d'éleveur", explique Marie-Aude Montely, du ministère de l'Agriculture. Tous les éleveurs installés depuis plus d'un an auront automatiquement l'équivalence. Par contre, les nouveaux éleveurs devront suivre une formation agréée pour l'obtenir.


Des contraintes supplémentaires


"Les producteurs devront aussi déclarer la densité maximale à laquelle ils comptent élever leurs poulets". Trois seuils ont été définis : 33 kg/m2 pour la norme de base. "Pour atteindre 39 kg/m2, l'éleveur devra respecter des plafonds de concentration en ammoniac, de température, d'hygrométrie ainsi que les critères d'inspection post-mortem en abattoir". Le seuil de 42 kg/m2 ne pourra être atteint que si l'éleveur n'a eu aucune irrégularité à l'arrêté pendant 2 ans et que le taux de mortalité, de l'arrivée à l'abattage, ne dépasse pas un plafond de 1 % + 0,06 % par jour d'élevage. 
Certaines modalités pratiques de l'arrêté sont en cours de rédaction. La Commission a laissé le choix aux Etats de mettre en place les critères d'inspection post-mortem, à l'abattoir. Une étude à grande échelle est en cours en France (sur 500 lots) afin de disposer d'éléments techniques et d'arguments pour le rapport d'étape réalisé dans un délai de 2 ans.   
En pratique, dans les prochains mois, l'éleveur devra remplir une déclaration de densité et une demande de certificat. Les inspections d'élevages ne démarreraient pas avant juin 2011, elles viseraient, dans un premier temps, les élevages à problèmes récurents. Tous les élevages ayant une densité supérieure à 39 kg seraient inspectés dans un délai de 2 ans.


Plus de souplesse sur la mortalité


Guy Hellégouarc'h (UKL-Arrée et Coop de France) souligne la difficulté pour respecter le taux de mortalité. "Celui des 10 premiers jours ne dépend pas de l'éleveur, il est souvent lié à la phase d'incubation. En poulet standard, la moitié des éleveurs obtient un taux de mortalité supérieur à 4 % et devra donc descendre au-dessous de 39 kg/m2". L'autre difficulté concerne les incertitudes sur les durées d'élevage. Quelques jours de décalage dans les enlèvements, par exemple un week-end, peuvent faire monter la densité au-delà de 39, voire de 42 kg/m2, (croissance de 2,5 kg/m2/jour). "Il faut plus de souplesse sur ce critère".
"On a essayé de faire comprendre que l'élevage reste un paramètre vivant", déclare Isabelle Le Balleur, éleveuse. "Produire à moins de 42 kg n'est pas économiquement viable. Quand le marché est lourd, repousser le lot de quelques jours apportera une source de tension supplémentaire entre organisations et éleveurs".


Prévoir des multi-enlèvements


Claude Toudic (Hubbard) détaille les efforts des sélectionneurs qui ont travaillé sur les problèmes cardio-respiratoires et les boiteries, pour faire baisser la mortalité, malgré l'augmentation du poids à l'abattage. "Pour être en conformité avec la directive, la mortalité ne devrait pas dépasser 1,4 % à 7 jours. Nous sommes à 1,8 %", précise le sélectionneur. "Cette mortalité physiologique dépend du statut sanitaire des parentaux, de l'âge des reproducteurs, ... Elle n'est pas sélectionnable et elle est aussi tributaire du transport, des conditions de déchargement" ... 
Pour Jean-Yves Ménard (Gastronome) : "Si on ne fait que des poulets de type GMS à 1,8 kg, ce sera difficile de respecter la directive. Nous devons mettre en place des multi-enlèvements pour un même lot avec des débouchés différents pour les petits poulets et les gros". Sur le terrain, il faudra de la pédagogie, de la formation, de la tolérance et beaucoup de bons sens. La filière peut aussi saisir l'opportunité de faire figurer le bien-être dans les critères commerciaux et de promouvoir le modèle de production à la française. En espérant que les débouchés commerciaux sauront faire la différence avec les produits importés.

Patrick Bégos






Ailleurs en Europe
Il sera difficile d'échapper à cette nouvelle source de distorsion de concurrence avec les pays tiers. Certains pays du Nord de l'Europe ont choisi un chargement maximal inférieur à 39 kg/m2. C'est le cas de l'Allemagne (35 kg sur 3 bandes pour des poulets inférieurs à 1,6 kg). Au Royaume-Uni, la recommandation officielle serait à 34 kg/m2, la profession demande 38 kg. Les Suédois ont aussi limité leur densité à 36 kg, sachant que leur pratique habituelle se situe plutôt à 20 kg. Les Espagnols ne devraient pas subir l'impact de la directive car leurs poulaillers sont équipés pour une densité de 33 kg (incidence chaleur). Les Pays-Bas et la Belgique sont aussi concernés que la France car leur densité atteint 45 kg.



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Date de l'article : semaine du N° du 3 au 9 Décembre 2010
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