
Pour toutes les rencontres entre la coopérative Sodiaal et les producteurs d’Entremont Alliance, le même scénario : un exposé et des réponses aux questions exclusivement effectuées par les dirigeants du groupe coopératif : un membre du bureau, un administrateur, un directeur de région. Environ 3000 producteurs ont ainsi entendu le même message.
Les enjeux de la reprise
Entremont Alliance est dans une situation financière jugée catastrophique avec un fort endettement (380 millions d’euros) tandis que certains outils nécessitent une remise à niveau. Les producteurs et les salariés vivent dans l’incertitude et attendent une solution depuis de longs mois.
Sodiaal, première coopérative française exclusivement laitière, s’est rapidement montrée intéressée par un rapprochement. Elle collecte sur l’ensemble des zones de production du territoire national, sauf en Bretagne. D’où son intérêt pour s’implanter sur la première région laitière de l’Hexagone. Son ambition, atteindre une taille européenne. Cette reprise la positionnera au 4e rang européen, avec une collecte de 5,2 milliards de litres de lait pour 14 000 producteurs sur 64 départements, derrière le Néerlandais Friesland Campina (11,7 milliards), le groupe privé français Lactalis (9,4 milliards), le Danois Arla (8,4 milliards).
Sodiaal est placée sur la plupart des créneaux de vente et a développé de nombreux partenariats. En ultra frais, avec Yoplait qu’elle détient à 50 % avec le fonds d’investissements PAI. Sur le marché du lait de consommation au travers de la marque Candia et en partenariat avec Orlait dont elle détient 51 % du capital. Dans le secteur fromager à 50 % avec le groupe Bongrain dans la compagnie fromagère RichesMonts, leader dans le fromage à raclette. Elle est aussi partenaire du groupe Laïta au sein de Régilait (laits en poudre, laits concentrés).
Ce rachat lui permet d’élargir sa gamme. Entremont est un acteur majeur dans le secteur fromager et notamment en emmental. Et Sodiaal a déjà des partenariats avec Entremont dans deux autres domaines : poudres de laits et laits infantiles à 50 % dans Nutribio, et beurre également à 50 % dans Beuralia.
La stratégie de Sodiaal
En 2007, les 7 Unions de coopératives régionales ont fusionné au sein de Sodiaal Union. Elle est désormais une coopérative comprenant 5 régions avec une gouvernance unique. « C’est ce qui a permis un redressement significatif de la rentabilité », explique son président François Iches. De négatif en 2005, - 14 millions d’euros, les résultats de l’entreprise sont effectivement redevenus positifs depuis 2007 en progression constante, + 24 millions en 2009 ; hors Yoplait qui affichait à lui seul un résultat positif supérieur à 55 millions d’euros. « Ces meilleurs résultats sont le fruit d’une politique de rationalisation industrielle réussie, d’une défense de parts de marchés, d’une stratégie de regroupement de la filière lait de consommation », rajoute le président.
La concrétisation du projet
Le rapprochement avec Entremont s’inscrit dans la continuité de cette démarche de gouvernance unique et d’offensive commerciale. « Nous ne sommes pas des vainqueurs, mais nous sommes là pour partager un projet avec vous » a d’ailleurs insisté Laurent Duplomb, l’un des administrateurs à Tourc’h. « Ainsi les adhérents bretons vont devenir des adhérents à part entière avec les mêmes droits et les mêmes engagements ».
De fait, sont créées deux nouvelles régions bretonnes qui s’ajouteront aux cinq existantes : à l’Ouest d’une ligne Saint Brieuc-Lorient la région « Bretagne Ouest » et à l’Est de cette même ligne la région « Bretagne Est ». Ces deux régions (voir carte) sont découpées en 5 sections (400 à 450 producteurs chacune). Elles seront appelées à élire une vingtaine de conseillers de régions qui désigneront les délégués à l’assemblée générale. Celle-ci élit les administrateurs (3 à 4 par région) qui siègent au sein de Sodiaal Union. Chaque région élit un président et dispose d’un directeur qui assurent la mise en œuvre des décisions du groupe en relation avec les techniciens de terrain.
L’adhésion demandée aux producteurs
Pour les producteurs, qu’ils soient issus de la structure dite « Entremont historique » ou des coopératives, ex Unicopa, c’est l’heure de choisir. Ils doivent se prononcer avant le 31 décembre pour adhérer ou non. « Ce n’est pas de la précipitation, explique le président, mais une contrainte pour que les éleveurs bretons puissent délibérer valablement lors des assemblées du groupe coopératif en 2011 ».
L’adhésion implique l’acceptation pendant 5 ans d’un prélèvement capitalisé de 6,2 euros/1 000 litres pendant 5 ans, dont 2,4 euros de parts A, statutaires, et 3,8 euros de parts B, pour atteindre le niveau de capitalisation des sociétaires de Sodiaal. Pour les adhérents des coopératives (Dynal, Trieux, Douphine et Cam 56), la participation sera minorée de leur capital social transféré, ceci après dissolution des dites coopératives.
La contrepartie est l’engagement de Sodiaal à faire bénéficier aux nouveaux adhérents, des mêmes services et surtout du même prix que les autres producteurs de la coopérative. Rappelons que la flexibilité appliquée à Sodiaal est du niveau 5 et le demeurera, alors que celle d’Entremont Alliance est du niveau 9, moins favorable. Le différentiel était de 3 à 4 euros / 1 000 litres à certaines périodes. Les producteurs qui décideraient de ne pas adhérer seront collectés au moins pendant 18 mois (au-delà, rien de garanti sauf si la loi l’impose), avec application de la flexibilité maximale sur le prix.
Face aux interrogations des éleveurs bretons devant le niveau jugé élevé de l’adhésion, les responsables de Sodiaal répondent « qu’il s’agit de faire en sorte que la capitalisation des nouveaux producteurs atteigne celle des adhérents actuels, et que c’était la condition pour que le projet devienne acceptable pour eux. Car c’est aussi un pari sur l’avenir », conclut le président.
Pierre Dénès
Photo : Le nouveau périmètre de Sodiaal Union comportera 7 régions dont 2 en Bretagne.
POUR EN SAVOIR +
Chiffres clés Sodiaal 2009 :
Collecte du lait : 2,213 milliards de litres
Transformation : 3 milliards de litres
Nombre de producteurs : 8 500 sur 60 départements
Nombre de salariés : 3 475 en Europe
Chiffre d'affaires (*) : 2,486 milliards d'euros
(*) hors Yoplait en équivalence
Les grandes marques du groupe : Yoplait, Candia, RicheMonts, Régilait, Yop, Le Rustique, Petits Filous, Panier Yoplait...
Sodiaal entend rester au capital de Yoplait
Pas question pour Sodiaal de se désengager de Yoplait », assurait François Iches, le président de Sodiaal Union la semaine dernière dans le Finistère. L’actionnaire à 50 % avec Sodiaal, le fonds d’investissement PAI, a déjà annoncé il y a plusieurs mois son intention de vendre. « Sodiaal et PAI ont décidé d’un commun accord d’enclencher un processus de recherche de partenaires », expliquait le président. En assurant « PAI est vendeur, pas Sodiaal ».
Mais la pression reste de toute évidence forte. Ces derniers jours plusieurs repreneurs ont manifesté leur intérêt pour le dossier. Pour le moment entre rumeurs, infos ou intox, il est vraiment difficile de cerner qui tient réellement la corde. Le groupe français Lactalis a fait une offre de reprise globale, autour de 1,4 milliard d’euros, immédiatement rejetée. Nestlé est aussi annoncé comme candidat et “serait” considéré par Yoplait comme un “candidat idéal”. Reste qu’il pourrait y avoir d’autres repreneurs ou partenaires potentiels. Le nom de l’Américain Général Mills ou encore du Chinois Mengniu sont aussi avancés.