Les espaces sont en compétition, explique Yvon Le Caro, Maître de conférences en géographie et aménagement des espaces ruraux Université Rennes. La concurrence entre agriculture, forêt, urbanisation, infrastructure routière est effectivement de plus en plus évidente. On pourrait y ajouter aujourd’hui des activités destinées à produire de la biomasse, du photovoltaïque au sol… Ainsi l’utilisation qui pourrait en être faite ne répond pas obligatoirement aux mêmes objectifs « Certains l’ignorent, d’autres y développent leurs activités économiques, une autre catégorie la voudrait comme terrain de jeu ». Difficile dans ces conditions pour Yvon Le Caro d’établir les clés d’une cohérence territoriale.
D’autant moins évident quand l’agriculture doit faire face à cette urbanisation galopante. Robert Lévesque,directeur de Terres d'Europe-Scafr souligne que « l’agriculture est rejetée de plus en plus loin des villes et du littoral ». Et pour lui le risque de perdre de plus en plus de territoire agricole d’ici à 2050 est évident. Il situe cette perte possible de – 10 à
– 20 %. « En France l’équivalent d’un département moyen disparaît tous les 4 ans ». Soulignant aussi que par exemple en 2005, la France à exporté l’équivalent de 7,05 millions d’ha de céréales, lait, sucre… ; mais qu’en contrepartie elle a importé 8,46 millions d’ha de café, de soja, de bois, de fruits, de viande… « Paradoxalement, la France est déficitaire en espace naturel ».
Un secteur fragilisé
Drôle de constat. « Et pourtant, rappelle Jean-Paul Simier de l’Agence économique de Bretagne, pour faire de l’agriculture, il faut du foncier ». Estimant par ailleurs, « qu’il ne devait pas y avoir d’opposition entre agriculture et environnement sur la région. Depuis les années 2000 la situation s’est améliorée. L’agriculture bretonne est en avance » . Il met en en exergue le millier de contrats de MAE.
Pour Jean Paul Simier, « l’agriculture est un véritable enjeu de territoire, et en Bretagne sans doute plus qu’ailleurs : 28 000 exploitations professionnelles, 80 000 actifs, dont 25 000 salariés, un chiffre d’affaires de 7 milliards dont 84 % issus des productions animales ». Mais insiste aussi sur sa fragilité dans un secteur qui rentre de plain-pied dans la mondialisation. « 20 % des producteurs de porcs sont fragilisés ». Il tire la sonnette d’alarme car « l’on pourrait imaginer une Bretagne sans productions animales alors qu’agriculture et agroalimentaire constituent aujourd’hui le 1er pilier de l’économie : 40 % des exportations bretonnes, 35 % des emplois industriels. »
Sans les hommes, pas d’agriculture
S’il est persuadé que l’avenir des territoires est lié à l’économie agricole et à la richesse des hommes, les choix politiques vont influer lourdement. Il craint notamment que des accords de l’OMC avec un affaiblissement important des droits de douanes ne sonnent le glas de certaines productions. D’où cette interrogation d’Olivier Allain, le président de la Chambre d’agriculture. « Est-ce que l’agriculture ne se fera pas sans agriculteurs ? ». Il plaide pour un retour vers les fondamentaux : préférence communautaire, outils de régulation et de gestion de l’offre.
Pas obligatoirement de solutions au terme du débat, mais la conviction que sans les hommes sur le territoire pas d’agriculture. Les démarches de valorisation locale, les circuits courts, les produits différenciés, voire des activités de diversification sont des éléments mis en évidence pour à la fois réconcilier le producteur et le consommateur, garder de la valeur ajoutée. Mais cela ne saurait sans doute suffire pour sauvegarder l’économie régionale et encore moins contribuer à apporter une alimentation en quantité et en qualité dans des régions du monde défavorisées.
Pierre Dénès
>>>> Repères
Une synthèse de ces 5 journées est prévue le vendredi 3 décembre à l’ISPAIA avec le matin à partir de 10 heures des ateliers de travail autour des cinq thèmes et l’après midi, à partir de 14 heures une restitution des travaux destinés notamment aux acteurs économiques.
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