
Constituer un troupeau allaitant est un travail de longue haleine. À Kerlavic, l’insémination artificielle a permis d’avancer au pas de charge. Au dernier concours régional de Pontivy, Dora, une fille de Neuf, a remporté le premier prix de section des animaux de 27 à 36 mois. Échasse, une fille de Talent MN sur Nelson a, quant à elle, décroché le 2e prix de section des animaux de 20 à 27 mois. Une belle performance pour ce troupeau récemment constitué et qui a mis la première fois le pied sur un ring en 2007. C’était lors de l’interrégional limousin à Quimper.
L’insémination fait avancer
Cette ascension, la ferme de Kerlavic la doit entre autres à un travailleur de l’ombre : Gilbert Le Stanc, un passionné de la vache allaitante, un mordu de la Limousine. « D’emblée, le noyau de départ était de bon niveau. Il a été constitué par les éleveurs du syndicat limousin qui se sont approvisionnés dans les élevages bretons », raconte celui qui a en charge le troupeau qui comptera bientôt 56 mères. « Certaines vaches du début sont encore là ».
La Ferme de Kerlavic n’a par contre jamais investi dans les taureaux. « Pour avoir un taureau de niveau de celui de l’IA, il faudrait investir 5-6 000 euros. C’est un minimum ». D’où le choix d’inséminer le maximum de femelles. « Les génisses sont inséminées un mois avant les vaches, du 15 février au 15 mars. Les vaches de mars à fin avril ». Ce choix d’avancer l’insémination des génisses par rapport aux vaches permet de caler les primipares sur le troupeau l’année suivante sachant que le délai d’insémination après le 1er veau est plus long.
À ceux qui disent que l’insémination ne permet pas de tenir l’objectif d’un veau par an, Gilbert le Stanc montre l’intervalle vêlage-vêlage du troupeau : 360 jours. « La réussite sur vache en 1ère IA varie de 76 à 78 % ; elle est de 85-90 % après deux IA ». Une réussite à rechercher au niveau de la conduite alimentaire (voir ci-dessous), mais aussi de la détection. « J’utilise un taureau épidectomisé sachant que lorsqu’il y a plusieurs vaches en chaleur il a tendance à se concentrer sur une seule vache. Rien ne remplace donc la surveillance humaine. Et le moment où l’on voit mieux les chaleurs, c’est à 10-11 h du soir ».
Des vaches dociles
« L’insémination est pratiquée pendant la durée de stabulation. C’est-à-dire jusqu’au 20-25 avril date à laquelle les vaches restent nuit et jour en pâture. Ensuite, je mets le taureau : un mâle de l’élevage sélectionné sur son ascendance, ses qualités bouchères… mais aussi sa docilité. »
La docilité fait en effet figure de priorité de sélection sur cet élevage. « Même si ce caractère n’est pas que génétique. Il y a aussi la part de l’éleveur », note G. Le Stanc. Et d’expliquer sa façon de faire : « Au sevrage, j’attache toutes les génisses au licol pendant une journée entière. L’opération est renouvelée le 2e jour, voire le troisième jour pour les animaux destinés à aller aux concours ». Résultat : un troupeau calme où la plupart des animaux se laissent caresser et manipuler. « Au vêlage, je fouille les vaches qui en ont besoin sans les attacher », cite-t-il pour montrer l’efficacité de la méthode de domptage éprouvée par plusieurs éleveurs allaitants. « Le dressage prend un peu de temps, mais ensuite vous en tirez profit pendant toute la carrière de la vache ».
Didier Le Du
Photo : La docilité est un des caractères forts du troupeau comme le démontre Gilbert Le Stanc, responsable de l’élevage.
Conduites comme des laitières
Des animaux bien conformés et en état. C’est l’impression qui domine quand on découvre le troupeau de Limousines de Kerlavic. Une impression que ne dément pas l’éleveur : « Pour produire un bon veau, pour bien se reproduire, la vache doit être en état ».
La période de stabulation démarre fin octobre-début novembre. «C’est la météo qui commande ». Jusqu’à fin décembre, les vaches sortent en journée et dorment à l’étable. « Ça leur permet de se dégourdir les pattes et de finir de nettoyer les pâtures. Et de mon côté d’assurer le paillage », indique Gilbert Le Stanc qui ajoute : « Dès la période de vêlages, je réalise un paillage généreux pour garder une litière propre favorable à la santé des veaux ». (Après le vêlage, la vache et son veau sont isolés en case individuelle pendant 1 à 4 jours : « Ça facilite la surveillance et les interventions éventuelles »).
Jusqu’au vêlage, les vaches reçoivent une ration de 2,8 à 3 kg de MS de maïs, complétée de 300-350 g de tourteau de colza et de 100 g de CMV. « Le foin est à volonté ». Après vêlage, l’apport de maïs monte à 8-10 kg de MS, complémenté de 1,1 kg de tourteau de colza + 150 g de CMV. Pendant la période de pâturage, l’apport de minéraux se fait par des seaux. « Un minéral enrichi en vitamine E et en sélénium pour favoriser la délivrance et améliorer la qualité du colostrum ».
Des axes de sélection
Le vêlage de décembre permet au veau de bien profiter de la pousse de l’herbe. « La croissance est de 1,2 à 1,3 kg-j sans apport de concentré », précise l’éleveur qui décline les axes de sélection : « Je cherche des animaux avec du développement, des bassins larges pour la facilité de vêlage et une bonne ligne de dos qui permet de bien vieillir ». Sans oublier un caractère très convoité : la production laitière des mères. « C’est le gage pour faire un bon veau », est convaincu G. Le Stanc reconnaissant qu’il s’agit là d’un caractère difficile à fixer. « Il faut plusieurs générations ».