
Le moins que l’on puisse dire, c’est que les projets de photovoltaïque au sol ne séduisent pas les syndicats. Il pourrait même y avoir de l’électricité dans l’air et quelques court-jus entre les agriculteurs et certains élus ou communautés de communes. D’autant que sur certains secteurs, les élus qui défendent ces projets sont aussi des agriculteurs. Ils trouvent en fait dans cette opportunité de photovoltaïque au sol, le moyen de valoriser des zones initialement prévues pour implantations artisanales restées vides ou retournées à la friche. Et pensent avoir déterré une manne financière en compensation de la perte d’autres recettes.
Ce n’est franchement pas du goût de la profession agricole. Dans un communiqué, FDSEA et JA dénonce « ces projets pharaoniques qui dilapident le foncier agricole en Côtes d'Armor ». Rappelant que dans son intervention, le 5 novembre au Forum des savoirs (Ploufragan), Robert Lévesque de la FNSafer rappelait que la Bretagne s'illustre par une consommation foncière 2 fois plus rapide que dans le reste de l'Hexagone. Une étude récente du Ministère de l'Agriculture confirmant par ailleurs le phénomène et classant les Côtes d'Armor dans le trio de tête des départements qui artificialisent le plus de terres agricoles.
Préserver les terres agricoles
Alors pas question pour la profession « de cautionner le développement de projets photovoltaïques au sol qui seraient de grands consommateurs de foncier agricole pour une faible productivité électrique ». En rappelant « qu’une priorité les engagements du Grenelle de l'environnement et de la LMA, en matière de consommation réduite du foncier agricole, est d'intégrer avant tout autre aspect la préservation de la vocation alimentaire des territoires ».
Elle se dit consciente de la problématique énergétique régionale. Mais estime que « la réponse à cette question doit évaluer l'ensemble des contraintes, opportunités et complémentarités de production d'électricité s'agissant notamment de la méthanisation, de la cogénération ou du petit éolien ». Quant au photovoltaïque « il doit selon elle être exclusivement réservé aux toitures, aux friches industrielles ou aux anciennes carrières afin de préserver la vocation alimentaire des terres agricoles ».
Ce coup de colère se termine par une interrogation des responsables agricoles sur « la cohérence entre les grands discours politiques qui prônent la maîtrise de la consommation foncière et les actes concrets ». En observant l'énergie déployée par les élus afin de soutenir ces projets grandioses, ils dénoncent « l'aveuglement avec lequel les collectivités adhèrent à ces projets qui, parachutés par des investisseurs extérieurs, ne correspondent en rien à de véritables projets de territoire ».
Pierre Dénès
Photo : Jean Jacques Poëzévara, président de la FDSEA