
L'acidification des sols provient en grande partie de l'activité biologique (biomasse biomicrobienne, absorption racinaire…) et du climat. "C'est un phénomène naturel amplifié par l'activité agricole ou humaine. Il conduit à une baisse du pH variable selon le pouvoir tampon du sol", explique Alain Bouthier, d'Arvalis. Plus l'excédent pluviométrique hivernal est élevé, plus l'acidification sera forte. C'est aussi le cas lorsque l'engrais azoté contient la forme ammoniacale ou que les pailles sont exportées.
Stabilisation ou augmentation
Le regroupement des résultats d'analyses de la base de données Arvalis - Sas Agro a permis de dresser des cartes de l'évolution des pH entre 1990-1994 et 2000-2005. "Dans 9 cantons bretons sur 10, le pH s'est stabilisé ou a augmenté entre ces deux périodes". Les résultats de 2000-2005 montrent aussi que le nombre de parcelles où le pH est acide (inférieur à 5,4) est faible. Moins de 5 % des parcelles en Côtes d'Armor et 10 % en Morbihan.
"Le seuil de pH à partir duquel le chaulage est nécessaire se situe entre 5,5 et 6 selon les sols et les cultures : 5,5 en sols sableux et en prairies permanentes, 5,8 à 6 dans les autres sols en rotation cultures et prairies temporaires", souligne Alain Bouthier. "Pour éviter les problèmes de carences induites en cuivre, zinc, manganèse ou bore surtout en sols sableux, sablo-limoneux ou limons caillouteux, il est préférable de ne pas dépasser 6,5 à 6,8".
pH et CEC
Sur le terrain, deux indicateurs permettent de prendre la décision : le pH pour diagnostiquer l'acidité du sol et la CEC Metson pour estimer la dose à apporter. "En chaulage de correction, pour gagner 0,5 point de pH entre 5 et 6,5, il faut apporter 1 500 unités de CaO incorporées entre 0 et 25 cm, pour une CEC Metson de 10 cmole/kg", cite en exemple, Alain Bouthier.
Le chaulage d'entretien consiste à compenser l'acidification pour maintenir le pH au-dessus du seuil critique. Il varie en fonction de la fertilisation azotée, du type de sol, de la pluviométrie, des espèces cultivées et de la gestion de l'interculture. Un apport de 150 à 250 kg de Cao par ha et par an, est une base de travail, s'il y a contrôle régulier du pH, par la suite. Ce niveau a été confirmé par 25 ans de suivi à La Jaillière (44). Dans le contexte de cette exploitation, un chaulage d'entretien de 100 à 150 kg de CaO par ha semblait même suffisant.
Quel produit choisir ?
Le choix s'appuiera d'abord sur les caractéristiques techniques : produit cru ou cuit, finesse de mouture, solubilité carbonique pour les produits crus. Le coût de l'unité de CaO est un élément décisionnel important ainsi que le coût de l'épandage, voire la disponibilité en matériel.
De nombreux résultats d'essais ont permis de comparer les amendements en chaulage de redressement ou d'entretien. "En redressement, les performances sont comparables pour les chaux et les produits cuits pulvérisés et broyés, au bout de 5 à 6 mois après l'apport", déclare Alain Bouthier. "Il y a parfois un léger décalage en faveur des produits plus fins sur les premiers mois. Certains produits concassés sont plus lents d'action". En chaulage d'entretien, les performances sont comparables pour les chaux et les produits crus pulvérisés et broyés.
Patrick Bégos
Photo : Au-dessous d'un pH de 5,5 à 6, selon les sols et les cultures, le chaulage d'entretien est nécessaire.
Un effet positif des déjections animales
Les références disponibles n'ont jamais mis en évidence d'effets acidifiants des produits résiduaires organiques (fumier, composts, lisiers..). Mais, il est difficile de classer les produits résiduaires sur la base de leur seule composition. L'effet pH dépend de la dynamique de l'azote (minéralisation, pertes) en lien avec le sol, le climat et le mode de gestion de l'azote organique et minéral. La différenciation du pH après 10 ans d'apports de fumiers de bovins, de porcs ou volailles, de composts de fumiers de bovins de porcs ou de volailles n'ont pas montré de réelles incidences sur l'acidification, bien au contraire.