
Gagner du temps. C’était l’objectif principal des trois associés du Gaec de Port Morgan lorsqu’ils ont installé un robot de distribution, l’an dernier. Une ration, équilibrée à 28 litres, acheminée à l’auge, sans tracteur ni mélangeuse déssileuse. Un vrai confort de travail. « Nous avons construit un bâtiment pour nos 80 laitières, en 2004, à l’emplacement des silos existants. Depuis, nous stockions le maïs fourrage sur un autre site, à 800 mètres de l’étable. Nous devions faire évoluer ce système, trop gourmand en temps », indique Yann Lozevis, en charge du troupeau.
Le système canadien de distribution automatisée a séduit les trois associés. Exit les silos couloirs. Un silo tour, de 900 m3 de capacité, a été installé à proximité de l’étable. Il contient 700 tonnes de maïs fourrage, soit la moitié de la production de l’exploitation. Les concentrés et les minéraux sont stockés dans un petit silo, à côté. Ces silos sont reliés à la cuve du robot. Le foin ou l’enrubanné de luzerne y sont également intégrés, après avoir été hachés, en brins de 4 à 5 centimètres, dans un processeur relié au robot par un tapis roulant. Tous les ingrédients de la ration sont pesés et mélangés dans la cuve du distributeur. Le robot est guidé par un rail de 93 mètres de longueur, placé au dessus des cornadis. Le circuit va être allongé pour nourrir également les génisses et les vaches taries. Les associés entendent perfectionner le système, en complétant l’équipement. « Nous allons prochainement acheter deux nouveaux silos pour stocker toute la production de maïs fourrage et la luzerne, que nous ensilerons ». Cette année, le silo de maïs a été rechargé, en cours d’hiver.
Pendant la traite
Chaque jour, le robot effectue deux cycles de trois passages, pendant les traites. « La première distribution a lieu dès la sortie des premières vaches de la salle de traite, pour éviter qu’elles ne s’allongent sur la litière. Deux autres passages s’ensuivent, l’un au milieu de la traite, l’autre à la fin. Cette méthode a contribué à la baisse du nombre de cellules dans le lait », assure Dominique Guiho. Seize distributions sont possibles par jour, avec seize formulations différentes. Au Gaec de Port Morgan, la ration des laitières est constituée de 15 kilos de matière sèche de maïs fourrage, de 3 kilos de foin ou d’enrubanné de luzerne et de 3,5 kilos de concentré azoté. Les fortes laitières sont complémentées au Dac. Le gain de temps, estimé à 2 heures par jour (2 à 3 tours de déssileuse), permet aux éleveurs d’augmenter le temps de surveillance des animaux. « Une seule personne assure les week-ends. Nous travaillons désormais un week-end sur trois ». La déssileuse ne servira plus qu’au paillage. « Nous envisageons de transformer l’aire paillée en logettes pour supprimer cette opération. Et éviter l’achat de 400 rounds ballers, chaque année ».
Coût
L’investissement est conséquent. « 166 000 euros au total, comprenant le terrassement, l’aménagement, le béton, le robot et le silo tour, acheté d’occasion (52 000 euros). Nous devions, de toute manière, construire des silos et envisager l’achat d’une nouvelle déssileuse ». Les deux autres silos tour seront, si possible, achetés d’occasion. Le coût de fonctionnement du robot (électricité) est estimé, par les associés, à l’équivalent d’un litre de fioul par jour. A comparer aux 24 litres consommés quotidiennement par le tracteur auparavant, en deux heures de travail. « 6 000 euros de carburant économisés dans l’année ». Les éleveurs n’ont qu’un regret : ne pas avoir pensé à un tel système lors de la construction de l’étable. « Nous aurions gagné beaucoup de place, notamment le couloir d’alimentation, qui, après la construction des logettes, ne servira plus ». La robotisation de la distribution d’aliment, considérée comme une réussite, en appelle une autre. La traite, bien sûr. « On y pense », assure Jean-Yves Guiho, en souriant. « Mais je serai probablement en retraite lorsque nous serons en mesure de l’installer ».
Bernard Laurent
>>>> Repères
- Porte ouverte au Gaec de Port Morgan, le vendredi 10 décembre de 13h 30 à 16h 30.
- Contact : Société Rovibec
06 23 37 38 71 ou fboucheron@laposte.net
Rythme du chantier d’ensilage
A la récolte, l’ensilage de maïs est placé dans une benne, au pied du silo, et propulsé par soufflerie dans le silo (tuyauterie reliant le cône du dessus). Le fourrage se tasse par son propre poids, en quelques heures. Le rythme de remplissage équivaut au rythme de travail d’une ensileuse 6 rangs. Au moment des distributions, le maïs est collecté par une griffe tournante et aspiré, par le haut du silo. Il est acheminé par tuyauterie à l’intérieur de l’étable. Le robot s’arrête automatiquement en dessous de chacune des goulottes des différents silos (maïs, concentré, luzerne…) et pèse les ingrédients. L’ensemble est mélangé avant distribution.
L’exploitation en bref
•660 000 litres de lait
•110 hectares de SAU
•35 ha de maïs
(5 récoltés en grain)
•10 ha de luzerne
•7 ha de pois
•5 ha de flageolets
•7 ha de céréales
•46 ha herbe
Légende photo : La cuve du robot a une capacité de 2,80 m3. Elle peut distribuer des deux côtés.