
Bertrand Eon, responsable de la filière bovine et Jean Philippe Derqué, responsable de la filière ovine des abattoirs Kermené ont accepté de rencontrer une délégation d’éleveurs des départements des Côtes d’Armor et du Morbihan. La démarche s’inscrivait dans le cadre de l’action nationale. Plusieurs abattoirs ont d’ailleurs été bloqués dans l’Hexagone, principalement du groupe Bigard. (voir article page 5).
Les producteurs réclament une hausse de 60 centimes du kilo. Ils n’en peuvent plus. Depuis plusieurs mois, le prix moyen est scotché autour de 3 euros le kilo de carcasse. Le secteur déjà fragilisé a le sentiment de filer directement à la faillite. « Ne nous parlez plus d’abaisser les coûts de revient, on n’en peut plus », a répondu sèchement un éleveur aux deux représentants de Kermené. Ils se défendent de vouloir acheter à bas prix. « Le marché est européen, nous subissons les distorsions de concurrence avec l’Allemagne notamment, il faut dégraisser les taxes diverses et variées qui nous pénalisent ».
Les emplois menacés
Un discours que refuse désormais les producteurs. Jean-Jacques Poézévara ne mâche pas ses mots : « C’est toujours la même rengaine, mais ne comptez pas sur nous pour tout supporter, ni pour cautionner une prime à la casse des éleveurs. C’est aussi la compétitivité des outils industriels français qui est en cause ». Il poursuit : « Demain vous n’aurez plus de viande à travailler, ce sont alors les emplois dans l’industrie agroalimentaire qui seront menacées. Plutôt que de vous abriter derrière ces distorsions de concurrence, venez avec nous dire aux pouvoirs publics que rapidement la Bretagne va perdre des centaines voire des milliers d’emplois avec la crise de la viande bovine, du porc, du lapin… ».
Dialogue courtois mais sans solutions. « Une certaine demande existe, mais on constate qu'elle augmente surtout sur du steak haché, et de surcroît en surgelé ». Pas franchement les produits de nature à valoriser la viande à son meilleur prix. Pour des animaux de qualité, les abatteurs regrettent d’avoir des animaux trop lourds. Réponses des éleveurs, « nous sommes prêts à nous adapter, à condition que le prix suive ». Conclusion du président de la section bovine de la FDSEA 56, Gérard Doré, « Si le marché des viandes ne se redresse pas, la Bretagne va devenir de plus en plus jaune (céréales) et de moins en moins verte ».
Pierre Dénès
Légende photo : Discussion parfois un peu tendue entre éleveurs et représentants de l’abattoir Kermené.