
L’utilisation des amendements calcaires, pour équilibrer les sols bretons à forte dominante granitique, est sinon ancestrale, du moins très ancienne. Sa pratique s’est surtout développée au XXe siècle pour restaurer les pH des terres agricoles. Les agriculteurs bretons ont le plus souvent privilégié les amendements d’origine marine maërl, sable coquillier marin (trez). Relativement peu coûteux, l’amendement utilisé brut permet, outre de remonter le pH, d’améliorer la structure des sols et d‘apporter également du calcium et du magnésium. Il peut aussi est utilisé après transformation, simple comme le broyage, ou associé dans des préparations plus élaborées. L’objectif étant alors une assimilation plus rapide.
Sable coquillier ou trez
Depuis les années 1980, les extractions sauvages sur les plages ou sur les dunes ont été stoppées. Puis un peu plus tard, fin des années 1990, ont été instaurés des quotas, avec une orientation du maërl vers la transformation industrielle pour les besoins de l’agriculture raisonnée. Le trez étant toujours utilisé par les agriculteurs le plus souvent comme amendement calcaire à l’état brut.
Une nouvelle étape se profile avec l’interdiction d’extraction du maërl à partir de 2013 car classé « habitat naturel préservé ». Dès lors c’est le sable coquillier qui va devenir la seule ressource disponible. Encore faut-il pouvoir en disposer. Les gisements actuellement exploités arrivent en fin d’exploitation ou ne permettront pas de satisfaire la demande. C’est dans ce sens que la Compagnie Armoricaine de navigation, société du groupe Roullier, a déposé une demande d’exploitation d’un gisement de sable coquillier en baie de Lannion. Elle approvisionne les deux usines du groupe à Pontrieux (Agriva) à Saint-Malo (Timac)
Une enquête publique a débuté le 25 octobre et doit prendre fin le 25 novembre, notamment dans les mairies des communes finistériennes et costarmoricaines du littoral concerné : Plougasnou, Saint-Jean-du-Doigt, Guimaëc, Loquirec, Tréduder, PLoumilliau, Lannion, Ploulec’h, Trédrez-Locquémeau, Plestin, Trébeurden, Saint-Michel-en-Grève, Pleumeur-Bodou.
Diversité des approvisionnements
Des oppositions de principe d’associations environnementales se sont déjà manifestées. Pour la Compagnie Armoricaine de navigation, ce dossier s’avère pourtant stratégique. « Il s’agit en fait de pallier la fermeture de trois gisements : Glénan, Paimpol et Erquy ». Elle déclare d’ailleurs vouloir mener une concertation la plus large possible avec les élus, les autres acteurs du territoire (pêcheurs), les associations de protection des oiseaux et de l’environnement … Précisant « qu’il s’agit d’un projet d’extraction maîtrisé, hors de la zone Natura 2000, sur un périmètre restreint, 4 km2, pour des quantités maximales de 400 000 m3 par an. Ce qui aboutirait à prélever environ 8 millions de m3 sur un banc qui en comporte 186 millions (4% de la ressource) ».
Ce dossier est aussi important pour les agriculteurs qui pourraient à court terme, être privés d’un amendement de qualité. Ils devraient alors uniquement se tourner vers des produits d’origine terrestre (chaux, dolomie, carbonate), qui viennent de régions plus éloignées. Les représentants de la profession (Chambres d’agriculture de deux départements) sollicités sont sensibles à ce projet, souhaitant préserver la diversité des approvisionnements. Ils rappellent l’intérêt pour les filières agricoles de disposer de cette ressource, au moment où il est aussi souhaité l’utilisation de fertilisants naturels et un retour vers plus d’agronomie.
Pierre Dénès
Légende photo : Le Côtes d’Armor, l’un des sabliers de la Compagnie armoricaine de navigation.