Actualités agricoles Paysan Breton en Bretagne, Côtes d'Armor, Finistère, Ille-et-Vilaine, Morbihan
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Morbihan (56)
Agriculture écologiquement intensive : Battage médiatique ou tendance de fond ?
 

Nous connaissions l'agriculture raisonnée, l'agriculture durable, nous avons le bio français, mais aussi le bio européen, avec chacun son label. Bienvenue à l'agriculture écologiquement intensive (AEI). Un concept de plus, pourrait-on dire. Répondra-t-il à un cahier des charges bien défini, avec ses certifications et ses contrôles, qui plaisent tant dans les campagnes? Ou ses principes seront-ils imposés, au final, par une directive des pouvoirs publics, comme base de la production? Personne ne le sait, à ce jour. Une certitude: il faudra continuer de produire intensivement pour nourrir les 200 000 personnes qui accroissent la population mondiale, chaque jour. Tout en respectant l'environnement. L'agriculture conventionnelle deviendra-t-elle de plus en plus bio ou la bio sera-t-elle de plus en plus intensive ? Les deux, serait-on tenté de croire après avoir entendu les témoignages de  deux agriculteurs, lors de l'assemblée générale des GVA, à Port-Louis, la semaine dernière. Deux producteurs de lait.


Du bio intensif


« Je suis un marginal chez les bios parce que je suis intensif. Je suis un marginal chez les conventionnels parce que je suis bio ». Pour Jean-Hervé Caugant, de Dinéault (29), passé en bio il y a une dizaine d'années, l'agriculture biologique doit produire de manière intensive pour répondre à l'enjeu alimentaire mondial. 7 000 à 8 000 litres par vache, chez lui, dans un système basé sur le pâturage des prairies, et le séchage du foin. « 4 tonnes d'herbe pâturée par vache et 2 tonnes de foin, par an ». Le maïs a été supprimé en raison des problèmes de salissement des terres et des dégâts des corbeaux. Les 1800 tonnes de fumier (90 laitières et 30 vaches allaitantes) permettent d'assurer une production de 10 à 13 tonnes de matière sèche par hectare, selon les années. Une autonomie alimentaire qui atteint 90%. « En terme de rentabilité, nous avons dépassé ce que l'on espérait », assure l'éleveur, en Gaec avec sa sœur, et qui se montre inquiet de l'évolution du système de production, chez les conventionnels. « En 2005-2006, la ration d'une vache, sur la Bretagne, comprenait 2,3 tonnes herbe pâturée et 3,6 tonnes de maïs. En 2009, année favorable à la pousse de l'herbe, la part de maïs a dépassé les 4 tonnes, et la part d'herbe pâturée a chuté à 1,8 tonnes ». De plus en plus de maïs, de tourteaux de soja importé, de travail du sol et d'utilisation de produits phytosanitaires. Pas de quoi décourager l'éleveur, président des comités de développement du Finistère, plus motivé que jamais, qui demande un plan ambitieux, pour les 20 prochaines années. « Un plan défini par les agriculteurs, non imposé par la société, qui refuse de soutenir son agriculture. Un cap qui permettrait de ne pas se faire berner par les bobos écolos parisiens ni par le secteur approvisionnement des coopératives ».


Plus proche des chercheurs


Le témoignage d'Étienne Gautronneau, éleveur dans la Sarthe, est moins radical. Convaincu par les techniques culturales simplifiées depuis quelques années, il fait évoluer son système de production de lait conventionnel. « D'un système maïs-herbe à un système herbe-maïs ». Avec un  retour des protéagineux pour assurer une plus grande autonomie alimentaire et des rotations plus longues pour diminuer le recours aux engrais et pesticides. « On s'y retrouve économiquement grâce à la baisse des charges. La valeur ajoutée est également personnelle: une plus grande motivation, des formations et, au final, plus de compétences ». Président de la FDGeda des Pays de la Loire, il souhaite qu'agriculteurs et chercheurs se concertent sur le dossier de l'AEI. « Nous avons la chance d'avoir la deuxième recherche mondiale. Il faut communiquer avec les chercheurs, et ne pas travailler chacun dans son coin ». La réflexion ne fait que commencer. Elle a au moins le mérite de poser de bonnes questions.


Bernard Laurent




Légende photo : Les organisateurs de l'AG des GVA, qui s'est tenue le jeudi 4 novembre, à Port-Louis, avaient choisi de faire témoigner deux producteurs de lait: Étienne Gautronneau (à gauche) et Jean-Hervé Caugant. Une filière où le choix du système de production est plus large qu'en hors sol ou en grandes cultures.

 



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Date de l'article : semaine du N° du 12 au 18 Novembre 2010
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