
En 2007, l'élevage d'André et d'Annette Brault comportait 92 800 places de pondeuses. La majeure partie, 55 000 places, sont des cages aménagées, conformes à la réglementation européenne, (750 cm2 par poule, perchoirs et nids). "Compte tenu de l'échéance de la directive (janvier 2012), nous nous sommes rapidement interrogés sur le devenir des 37 800 places du bâtiment en fosses profondes", explique André Brault.
Ce dernier bâtiment pouvait accueillir 57 200 places en cages aménagées en utilisant les fosses profondes. "La commune étant hors ZES, nous avons saisi l'opportunité de la réalisation du dossier et de l'enquête publique pour greffer une demande d'autorisation supplémentaire pour une construction neuve de 75 000 places", poursuit l'éleveur. Un dossier pour 132 000 places a donc été déposé en juillet 2008 et autorisé en avril 2009.
Installation de Benjamin
Avec ce projet financé par le CMB, l'élevage comportera au total 187 000 places, toutes aux normes bien-être 2012. "Ces investissements nous ont permis d'étendre le local de conditionnement avec la mise en place de 2 lignes de tri des œufs et d'un robot palettiseur. Ce projet assure ainsi la pérennisation de l'élevage".
Cette dynamique a provoqué l'intérêt de Benjamin, fils d'André et Annette. "Titulaire d'un BTS d'optique, je voulais m'installer à mon propre compte", confie Benjamin. "Depuis 10 ans, j'ai vu grandir l'élevage de pondeuses de mes parents. Sa nouvelle dimension m'a motivé et j'ai décidé de changer de métier et de m'installer en mai 2010". La taille de l'atelier permettra de dégager un revenu pour 2 couples.
Optimiser les performances
Les deux bâtiments comportent 2 étages soit au total 8 niveaux de cages. "Nous avons été vigilants aux choix techniques afin d'optimiser les performances", précise André. Les cages Zucami de 50 places contiennent des perchoirs, deux nids, une zone de grattage entièrement équipée et alimentée afin qu'elle ne se souille pas. La ventilation longitudinale assure le renouvellement d'air et une brumisation haute pression tempère le bâtiment. Les ampoules à économie d'énergie (fluo-compact) divisent par 8 la consommation d'électricité. "Nous avons choisi une distribution d'aliment par chariots, qui nécessite 5 fois moins de puissance et permet un dosage précis des repas tout en permettant de bien vider les mangeoires", souligne Benjamin.
"Un élevage de cette taille exige de la rigueur dans le suivi sanitaire : présence de sas et de tenues spécifiques par bâtiment, zone de silos d'aliment au sud et zone de fientes au nord avec des accès poids lourds différents". Les lignes de tri ont été doublées pour conserver le même temps de ramassage : 4 heures tous les matins pour 3 personnes. L'élevage nécessitera 4 personnes à temps plein avec une rotation par bâtiment pour la surveillance.
18 euros par poule
"L'expérience acquise dans les 2 bâtiments aux normes 2012 et le suivi technique réalisé par le Gouessant nous permettent d'être sereins", confie André. Les performances techniques sont meilleures avec une durée de ponte plus longue, un taux de mortalité plus faible (de 2 à 2,5 % contre 5 % en cages classiques). L'état d'emplumement des poules est meilleur à la sortie.
L'investissement s'élève à 18 euros/poule (moyenne rénovation et neuf), soit au total 2,4 millions d'euros, amortissables sur 12 ans. "Notre atout est d'avoir 55 000 poules déjà aux normes depuis 2003 et 2004". La situation hors ZES a évité l'achat de droits à produire. Après passage en centre de conditionnement, les œufs sont vendus en œufs coquille en GMS. La taille de l'élevage permet aussi une bonne rationalisation du transport avec 1 camion d'œufs par jour.
Patrick Bégos
Photo : De gauche à droite, André Brault, Joël Rouault, Annette Brault, Benjamin Brault.
Tous les élevages ne seront pas aux normes
"Notre inquiétude porte sur le retard de chantiers de mise aux normes pour cause de saturation des entreprises (60 % de réalisation)" explique Joël Rouault, du Gouessant. Les financements sont lourds et complexes.
"Une partie des éleveurs cesseront leur activité, d'autres produiront des œufs plein air ou en volière mais globalement sur les 3 ans, le potentiel de production ne devrait pas baisser".
Quelle stratégie pour les élevages qui ne seront pas aux normes au 1er janvier 2012 ? "Chaque éleveur reste maître de sa décision. Nous répondrons aux demandes d'approvisionnement en poulettes, dont l'élevage démarre 5 mois avant. Ensuite, le marché décidera du prix d'achat de ce type d'oeufs. Plus on traînera avec les anciennes normes, au-delà de 2012, plus cela donnera une mauvaise image de la production".
Tester les gammes d'aliment
Les nouveaux bâtiments seront équipés d'outils pour tester les gammes d'aliment, avec à chaque fois un lot témoin. Deux gammes pourront ainsi être testées dans chaque poulailler. L'automate mesure la quantité d'aliment, les heures précises de passage de chariots, il quantifie le nombre d'œufs, les taux d'oeufs déclassés et sales, le poids moyen, il répertorie les températures et les paramètres de ventilation. La poule doit produire le plus longtemps possible dans de bonnes conditions. On peut influer sur son poids, sur sa production par la qualité de l'aliment. Dans un atelier de 187 000 poules, la consommation d'aliment atteint 7 000 t. par an. Gagner 1 g d'aliment par œuf produit, c'est économiser 57 t. d'aliment par an.