
Quels impacts aura la contractualisation pour les éleveurs en système herbager ? se demandait l'Adage à l'occasion de sa 17ème assemblée générale qui se tenait à Cesson-Sévigné, le jeudi 28 octobre. Et si les 3 intervenants n'ont pas réellement répondu à la question initiale, c'est parce que, pour le moment, très peu d'éléments de l'organisation de la filière après 2015 sont définis. "Aujourd'hui, rien n'est prêt et nous sommes plus venu pour vous écouter que pour vous présenter ce que sera la contractualisation. C'est maintenant qu'il faut en discuter pour préparer au mieux cette nouvelle organisation", annonçait Anne Richard, directrice économie et qualité du Cniel, en préambule de son intervention devant les adhérents de l'association. Ce qui est certain, c'est qu'il faut "s'adapter à la volatilité dont on n'est plus protégé par l'intervention et se préparer à la fin des quotas en 2015".
Pour Joël Adam, responsable chez Coralis, le message essentiel est qu'il n'y a "rien d'effrayant dans un système de contrats, car cela ne changera pas réellement la relation tacite qui existe actuellement entre le producteur et sa laiterie". En revanche, les stratégies d'entreprise seront différentes, ne serait-ce que parce qu'à partir du 1er avril 2011, "il ne faudra plus du tout raisonner en fonction de son droit à produire".
Des contrats dès le 1er avril
Car c'est à cette date qu'entrera en vigueur le décret que le ministre de l'Agriculture a demandé pour le 1er janvier 2011 (voir page 4). Marc Belhomme, en charge de la relation avec les producteurs au sein de Triballat, qualifie ce calendrier d'inutile, "ça ne sert à rien de travailler dans l'urgence". Anne Richard confirme qu'en 3 mois, "les familles de l'interprofession n'auraient pas pu aboutir à un accord sur lequel se baseraient les contrats". Dès lors, le décret était la seule solution. En cours de rédaction, il reprendra plusieurs éléments fixés par la LMA tels que l'obligation de proposer un contrat au producteur incluant son renouvellement tacite, le volume à produire et la nomination d'un médiateur en cas de litige. Avec une durée minimale de 5 ans, elle aussi induite par la LMA, le prix payé au producteur ne pourra être inscrit dans les contrats mais c'est sa méthode de calcul qui devra y être portée.
Faire face à l'augmentation de la production
Alors que Marc Belhomme lui préfère la flexibilité appliquée en fonction des produits fabriqués, Joël Adam estime que "le système de double quota, double prix sera nécessaire". Pour autant, il ne marchera que si les "volumes sont bien cloisonnés". Anne Richard le rejoint, "les textes à mettre en œuvre devront favoriser la non livraison de lait sans valorisation". Il faudra également se préoccuper de la prévisibilité et "trouver un équilibre entre les producteurs et les transformateurs pour que chacun reste maître chez soi". Quels que soient les mécanismes instaurés, "il faudra prendre en compte ce que font nos voisins européens".
Au niveau des organisations de producteurs, là aussi, "rien n'est calé", indique Anne Richard, pas plus le type de regroupements que leur taille. Marc Belhomme et Joël Adam se montrent sceptiques quant au bon fonctionnement de grandes organisations de producteurs au sein desquelles, tout le monde n'aura pas les mêmes intérêts. "Comment se feront les agrandissements d'exploitation, quel volumes de production correspondra à la surface reprise ?" lancent-ils en guise d'exemple.
Tous ces sujets sont autant d'exemples illustrant qu'il faudra un temps considérable pour que le débat s'installe dans la filière et aboutisse à des règles équitables. Et toutes les questions ne sont pas encore posées, "nous n'imaginons pas le degré de liberté que nous allons avoir", concluait Joël Adam.
Ronan Lombard
Photo : La contractualisation était le thème de l'assemblée générale de l'Adage. Pour en assurer la présentation et répondre aux questions (de gauche à droite) : Joël Adam (Coralis), Marc Belhomme (Triballat), Benoît Chauvin (administrateur de l'Adage), Michel Priour (président de l'Adage) et Anne Richard (Cniel).
L'Adage 35 en 2010
Avec 12 cotisations supplémentaires par rapport à l'année précédente, l'association compte 75 adhérents. Plus de 20 formations différentes ont été proposées en 2009-2010. L’association organise également des “soirées de l’Adage”, débats téchniques pour les agriculteurs. (voir en agenda)