
Les médecines alternatives peuvent intéresser les éleveurs car elles ne génèrent pas de résidus, donc pas de délai d'attente en général. Elles ne montrent pas non plus d'effet secondaire et pas d'apparition de résistance", a présenté Laurence Jouet-Elie lors d'une journée Agricultrices, le 15 octobre à Bruz.
Cette vétérinaire en zone rurale nuance toute de même : "l'allopathie, simple et efficace, reste essentielle". Mais les traitements naturels peuvent venir compléter les méthodes de lutte classiques, voire parfois peuvent réussir quand tout le reste échoue. Avant de se lancer, il est indispensable de se former à l'utilisation de ces méthodes alternatives qui nécessitent observation des animaux et analyse. Par ailleurs, il faut savoir qu'ils ne sont pas dénués de toxicité et de contre-indications.
Contre les mammites
Adepte de ces médecines douces pour ses vaches, Nathalie Bregere, agricultrice, apprécie "de jeter moins de lait dans la fosse et de le donner plus facilement aux veaux". En cas de mammite par exemple, en complément du traitement, elle masse le quartier infecté pendant 3 jours matin et soir avec un mélange d'huiles essentielles. Elle effectue aussi des drainages par voie buccale.
"La phytothérapie utilise la totalité ou une partie d'une plante médicinale ou de ses extraits. Son action est davantage préventive", explique Laurence Jouet-Elie. Par exemple, l'ortie entière, récoltée avant la montée en graines, jouera un rôle anti-inflammatoire et hémostatique. L'orthosiphon luttera contre les oedèmes mammaires, les acidoses, les mammites colibacillaires…
Compétence et rigueur
L'aromathérapie utilise quant à elle les huiles essentielles, extraites par distillation. "Elles présentent des propriétés différentes de celles de la plante. Leur composition est très complexe, comprenant de nombreuses molécules. Avec une action rapide, les huiles essentielles peuvent être utilisées en curatif". Celle de lavandin par exemple est cicatrisante et désinfectante.
L'huile essentielle d'origan est antibactérienne, antivirale, antiparasitaire et antimycosique (dartres…). Contre les pathologies respiratoires, celle de ravintsare peut être appliquée sur le dos des veaux. "Par contre, des précautions sont à prendre. Mieux vaut être bien renseigné et formé. Certaines huiles essentielles sont très irritantes, d'autres contre-indiquées pendant la lactation ou la gestation", met en garde la vétérinaire.
S'agissant de l'homéopathie, elle rappelle les fondements de cette médecine créée il y a deux siècles par l'Allemand Hahnemann. "Il a remarqué que toute substance provoquant chez un individu sain et sensible une série de symptômes, est capable de guérir un malade présentant les mêmes symptômes, en l'utilisant à très faible dose". Par exemple, l'Apis mellifica à base d'abeille guérira les piqûres d'insectes, ou en bovin les oedèmes mammaires. Des parties de plantes, minéraux ou animaux, diluées de multiples fois, sont à la base du remède homéopathique.
"L'homéopathie prend en compte les réactions individuelles du malade". Sur l'exploitation, il faudra se poser plusieurs questions : Quel animal (histoire personnelle…) ? Depuis quand ? Comment (amélioration, aggravation) ? Symptômes associés ?... "Ce type de traitements demande donc une implication forte de l'éleveur qui doit observer rigoureusement ses animaux et les suivre. Il faut être motivé", souligne Laurence Jouet-Elie.
Agnès Cussonneau
Photo : Laurence Jouet-Elie est vétérinaire en zone rurale. En complément de l'allopathie, elle a recours aux médecines alternatives.
Plusieurs approches en homéopathie
Plusieurs approches existent dans l'homéopathie. "Uniciste", elle propose un remède à la réaction individuelle du malade. "Pluraliste", elle mixe 2 ou 3 remèdes. "Complexiste", elle utilise plusieurs remèdes correspondant chacun à un signe. "Cette dernière solution est très simple à utiliser, mais son action est plus superficielle", note Laurence Jouet-Elie. Citons par exemple la spécialité PVB Abcès (Boiron), contenant Belladonna, Pyrogénium, Hépar sulfur… Elle agira sur chacune des phases de l'abcès. Le remède homéopathique se présente sous différentes formes : gouttes à administrer dans la gueule de l'animal ou sur l'alimentation, ampoules buvables ou injectables, seringues intra-mammaires…