
C'est sans doute le début d'une longue liste, car cette solution de production d'énergie renouvelable est vue d'un très bon œil par les agriculteurs comme par les élus, qui l'encouragent d'ailleurs financièrement. Installé en 2006 sur la commune de Domagné, Gildas Fouchet s'est rapidement orienté vers la méthanisation, motivé par la hausse du coût des énergies fossiles et un désir de diversification.
Les besoins en énergie de l'élevage (372 places de veaux de boucherie et 1 000 m2 en volailles) dépassent annuellement 200 000 kWh, auxquels sont ajoutés 30 000 kWh de consommation de chauffage de la maison d'habitation. "La production d'eau chaude issue de la méthanisation est utilisée pour chauffer le fermenteur à 38 – 40°C. Elle va aussi couvrir la totalité des besoins thermiques de l'élevage et de la maison (située à 200 m du cogénérateur). L'économie sur le propane et le fuel atteint environ 13 000 euros/an", informe Gildas Fouchet qui a pour projet d'étendre cette utilisation d'eau chaude à la serre d'une exploitation voisine.
Autonomie énergétique totale
Utilisé comme carburant dans le cogénérateur d'une puissance électrique de 100 kW, le biogaz va permettre de produire de l'électricité (800 000 kWh par an, soit la consommation de 255 foyers hors chauffage) qui sera revendue à EDF à un tarif préférentiel. "Cette source de revenu complémentaire améliore la compétitivité de l'exploitation", note Gilles Petitjean de l'Ademe, mettant en exergue le modèle agricole allemand qui compte plus de 5 000 installations de méthanisation. "Il est plus stable dans ce contexte de crise". La France compte actuellement une vingtaine d'unités en fonctionnement, dont trois en Bretagne.
A l'image de la panse des bovins, le digesteur est alimenté au quotidien par une "ration", constituée des effluents d'élevage (lisier des veaux : 2 000 m3 par an, fumier des volailles : 200 t/an), de cultures dérobées (environ 600 t/an) et de substrats extérieurs (co-produits d'industries agroalimentaires locales et de coopératives agricoles).
Même s'il ne fait pas baisser la teneur en azote, phosphore et potassium, le processus de méthanisation améliore la valorisation des effluents. "Fortement minéralisé, l'azote est plus assimilable par les plantes", précise Gildas Fouchet qui prévoit de réduire ses achats d'engrais chimiques. Le digestat (plus fluide que du lisier et désodorisé) sera intégralement réparti sur les 55 ha épandables de l'exploitation. "Des analyses de digestat seront réalisées avant épandage". Le projet a fait l'objet d'une demande d'autorisation ICPE.
Côté temps de travail, l'outil va demander une demi-heure à une heure en moyenne au quotidien à l'éleveur (qui emploie un salarié). L'automatisation poussée (système de régulation et de commande rélié à de nombreux capteurs et sondes) permet de réduire les interventions.
De nouveaux emplois créés
Parmi la dizaine d'entreprises sur le marché de la méthanisation en Bretagne, Gildas Fouchet a choisi Biogaz PlanET France, filiale d'une entreprise allemande créée en 1998. Le producteur a bénéficié de l'appui technique et administratif de l'entreprise, qui fait travailler 4 personnes à temps plein sur son site de Liffré. Il a également été accompagné dans son projet par Aile (Association d'Initiatives Locales pour l'Energie et l'Environnement) dans le cadre du "Plan Interrégional Biogaz Agricole". Ce plan vise à soutenir le développement d’une filière méthanisation d’envergure dans le Grand Ouest.
Aux yeux des élus, la méthanisation est importante pour la Bretagne, notamment dans le but d'améliorer l'indépendance énergétique, au même titre que l'éolien. Elle est d'ailleurs inscrite dans le pacte électrique breton. "L'objectif est d'atteindre 500 unités de méthanisation sur la région d'ici une dizaine d'années", souligne la préfecture.
Agnès Cussonneau
Photo : Hausse du coût des énergies fossiles, volonté de se diversifier, meilleure valorisation des effluents… Autant de raisons qui ont motivé Gildas Fouchet dans son projet de méthanisation.
6 à 7 ans de retour sur investissement
L'unité de méthanisation de Gildas Fouchet (SARL Methavo Elevages) a représenté un investissement de 670 0000 euros HT, dont 29% financés par des aides publiques (82 950 euros de l'Ademe, 55 000 du Conseil régional et 55 100 du Conseil général 35). Les recettes sont estimées à 120 240 euros par an (vente d'électricité et économies de chauffage). Les charges devraient avoisiner 58 700 euros chaque année. Le temps de retour sur investissement brut – après déduction des aides – sera de l'ordre de 6 à 7 ans.