
Un tour d'horizon complet des moyens et techniques actuelles développées en matière d'énergie en agriculture a été réalisé le 19 octobre, à la station expérimentale de Saint-Aubin du Cormier. La journée était organisée par la Chambre d'agriculture. Les visiteurs ont pu assister à des démonstrations de bancs d'essais moteur, de déchiqueteuse, ou encore visiter une parcelle de saules en TTCR (Taillis très courte rotation).
Dans les interventions en salle, les techniciens de la Chambre d'agriculture et du GIE Lait-Viande ont mis en avant les outils de diagnostics énergétiques, les pré-refroidisseurs de lait et récupérateurs de chaleur, la méthanisation agricole, le photovoltaïque… La filière bois, la performance énergétique en élevage de porcs et l'éco-construction des bâtiments d'élevage ont également été abordés.
Agir graduellement en volailles
En volailles, Christian Nicolas (Chambre d'agriculture de Bretagne) a rappelé que, même si le coût de l'énergie est assez modéré en élevage de volailles (3% du coût d'un poulet standard), c'est un des leviers sur lesquels l'éleveur peut agir. Différentes solutions sont à envisager en fonction du coût. "Les réglages peuvent souvent être affinés (couple chauffage-ventilation). Les techniques d'élevage peuvent aussi permettre d'économiser de l'énergie (gestion des litières…). Enfin, des investissements dans les équipements et bâtiments sont possibles, sur l'isolation et l'étanchéité en particulier".
Le technicien a accordé une bonne partie de son exposé à une technique qui semble prometteuse : la récupération de chaleur par échangeur d'air. Elle offre des performances bien supérieures aux pompes à chaleur, avec une consommation électrique peu importante. Plusieurs modèles sont aujourd'hui commercialisés : classique à bas coût, échangeur tubulaire, système entièrement nettoyable avec débit réglable en fonction des besoins des animaux…
"L'efficacité est améliorée par la surface d'échange, la vitesse de passage de l'air et ses turbulences dans l'échangeur, l'encrassement (poussières et givre), la conductivité thermique du matériau et son épaisseur". Christian Nicolas a rappelé que le récupérateur ne fournit pas de chaleur et n'assèche pas l'air. "Mais quand il est utilisé par l'éleveur, le bâtiment est souvent mieux ventilé et la litière améliorée. Ce qui procure en même temps à l'éleveur moins de travail et moins de problèmes sanitaires".
Des mesures très fines sur le carburant et la puissance
Dans un autre exposé, Didier Debroize (Chambre d'agriculture de Bretagne) a quant à lui développé le projet Ecofuel, porté par la Station des Cormiers. Il vise à quantifier les consommations de fuel et de puissance sur l'exploitation et chez les prestataires. Des capteurs embarqués sur des tracteurs représentatifs de la région enregistrent la consommation instantanée, le régime moteur, la température des gaz d'échappement… S'en suit un énorme travail d'analyse. "Les postes à fort potentiel d'économies (en consommation, puissance, charges de mécanisation…) vont être précisés. L'étude permet aussi de quantifier les temps de travaux". Par les enseignements qu'il va apporter, Ecofuel devrait constituer une boîte à outils majeure pour définir les stratégies de mécanisation.
Agnès Cussonneau
Photo : Le fuel des tracteurs représente un tiers de l'énergie utilisée par l'agriculture bretonne. La réduction de la consommation constitue donc un enjeu de taille.
Les gaz à effet de serre dans la réglementation
CO2, méthane, oxyde nitreux… Les gaz à effet de serre (GES) émis par l'agriculture entrent-ils dans un cadre réglementaire ? Certains agriculteurs se posent cette question, en phase avec les préoccupations plus générales de climat sur la planète. "Depuis 2009, le dossier GES est intégré dans les études d'impact au niveau des Installations Classées, mais ce n'est pas dans un cadre réglementaire. Par contre, au niveau des installations classées à l'échelle européenne, l'intégration des GES devient obligatoire", précise Patrick Edeline, Chambre d'agriculture 35. Pour les collectivités de plus de 50 000 habitants, les GES devront par ailleurs être pris en compte dans les plans climat-énergie territoriaux qui sont obligatoires. Dans ce cadre, l'agriculture sera sans doute mise à contribution.
Comparaison miscanthus - TTCR de saule
Outre le colza qui fonctionne déjà bien, trois cultures énergétiques peuvent trouver un intérêt en Bretagne : le miscanthus, les TTCR de saule et les haies "énergie". Chacune présente des intérêts et des inconvénients. "Le miscanthus offre une production plus importante que le saule et se récolte à l'ensileuse, mais il ne peut être utilisé que localement (50 km maxi), dans des chaudières industrielles. En Bretagne : à la Coopedom et chez un serriste finistérien", détaille Bertrand Decoopman (Chambre d'agriculture de Bretagne).
Le TTCR de saule demande un matériel de récolte spécifique, mais s'utilise par contre dans toutes les chaudières. Les plaquettes générées sont également plus "transportables", car plus lourdes que le miscanthus. Le coût d'implantation du miscanthus est d'environ 4000 euros/ha et son coût de production de 45 à 55 euros/t de MS (sans pressage). Pour le TTCR de saule, ces chiffres sont de 3 000 euros/ha environ et de 70 à 90 euros/t de MS*. En haie énergie, le coût de production est très variable : de 80 à 110 euros/t de MS*.
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