L'abattoir Tilly-Sabco était en mauvaise position financière, en 2006. L'entreprise a assis son développement sur le poulet export. Elle a déposé son bilan en 2006, suite à la grippe aviaire avec mise en place d'un plan de continuation. Dirigeant de l'entreprise depuis 1997, Daniel Sauvaget a repris 60 % du capital en 2008. Les équilibres financiers ont été restaurés, ce qui a permis d'investir 7 millions d'euros en 2010.
1,2 million de poulets/semaine
"Nos investissements répondent à plusieurs objectifs", souligne Daniel Sauvaget. "D'abord gagner en compétitivité, tout en diminuant la pénibilité de certaines tâches. Mais aussi améliorer la qualité organoleptique et sanitaire de nos poulets, tout en respectant mieux l'environnement". La production était descendue à 800 000 poulets/semaine en 2007. "Nous sommes remontés à 1,2 million actuellement soit 50 % de plus sans création de postes de travail supplémentaires". Ces poulets entiers et surgelés sont vendus à 88 % aux Pays du Moyen-Orient. La totalité des animaux sont 100 % Halal, (scarifiés selon le rite musulman).
Plusieurs investissements majeurs ont marqué l'année 2010. La flotte de camions de ramassage a été renouvelée, avec des améliorations en bien-être animal. L'abattoir a monté un nouveau système pour refroidir les poulets après abattage et l'atelier de conditionnement a été complètement revu.
Refroidis plus vite
"Le polychiller, process de refroidissement des poulets après abattage est le plus rapide du monde", explique D. Sauvaget. L'objectif est de faire descendre rapidement la température des poulets encore chauds, avant de les conditionner et les surgeler. Elle baisse de 34°C en moins de 30 minutes, pour conserver la qualité du produit. La consommation d'eau a été réduite par 5, grâce à la filtration et au recyclage.
De nouveaux procédés de pré-calibrage et de calibrage ont été mis en place. Les poulets défilent sur de véritables "autoroutes". Après pesée individuelle, ils sont orientés automatiquement vers un poste de mise en caisse. Cet investissement répond à la demande du Moyen-Orient qui achète des poulets d'un calibre précis (entre 900 g et 1,2 kg -carcasse). "Le flux est plus régulier sur les postes d'encaissage et le travail de chaque personne mieux égalisé, avec moins de gestes de portée", précise D. Sauvaget. Les poulets défilent (15 000/heure) sur les 2 chaînes avec une traçabilité complète. Une nouvelle génération de robots a été installée. L'automatisation a fait progresser de 50 % la productivité dans l'atelier de palettisation et diminuer les risques de TMS au niveau du personnel.
Acteur mondial
"Avec ces investissements, nous voulons que Tilly Sabco soit acteur sur le marché mondial du poulet", déclare D. Sauvaget. "C'est la viande la plus consommée au monde". Les acteurs mondiaux investissent dans leur capacité de production, à l'image du Brésil qui a multiplié par 2 sa capacité depuis 5 ans. "L'Europe ne peut pas rester à l'écart de cette dynamique". L'offre de poulets entiers de Tilly-Sabco se différencie de l'offre brésilienne par son exigence de qualité. "Nous avons choisi d'avoir des souches à croissance lente (Rustivol) qui demandent 1/3 de temps de plus en élevage par rapport à la concurrence (8 à 10 jours de plus par poulet). Nous tendons également vers le zéro-antibiotique pour présenter des produits de très grande qualité organoleptique". Malgré les perspectives de croissance du marché, une épée de Damoclès pèse toutefois sur la production de poulets export : le devenir des restitutions qui représentent 20 % du prix de vente des poulets.
Patrick Bégos
Le maintien des restitutions
La filière poulet export a connu des difficultés lors de la grippe aviaire. "La production française était descendue à 125 000 t, elle remonte à 185 000 t en 2009 et se rapprochera des
200 000 t en 2010", explique Francis Ranq, président du Groupement des exportateurs de poulets. "Cette filière est importante en Bretagne où un poulet sur deux est un poulet export. Nous devons nous battre pour le maintien des restitutions". Leur éventuelle suppression est liée à un accord à l'OMC. "Tant qu'il n'y a pas d'accord, l'Europe n'a aucun intérêt à les supprimer".
Légende photo : Les poulets défilent sur les "autoroutes", (15 000/heure) avant d'être "mis au pas" et orientés en fonction de leur calibre.