
En quoi le calcul du point d’équilibre devient essentiel en production laitière ?
Eric Cadoret : Dans un contexte laitier très chahuté où le prix du lait est au centre des débats, les éleveurs ont besoin de repères. La question récurrente des producteurs laitiers est « quel est le prix du lait dont j’ai besoin pour ne pas affecter ma trésorerie ? ». L’évolution des quotas est aussi un élément pour se positionner par anticipation et assurer la pérennité de l’exploitation.
C’est donc un critère de trésorerie qui rend compte des mouvements d’argent, comment se calcule t-il ?
Eric Cadoret : Basé sur une approche globale de l’exploitation, le point d’équilibre correspond à un prix minimum des 1000 litres de lait, au-delà duquel l’exploitation dégage de la trésorerie et au dessous duquel la trésorerie est dégradée. À CER FRANCE, nous calculons le point d’équilibre observé sur 3 ans. Il tient compte des éléments réellement observés sur l’élevage (volume de lait produit, prix de vente perçu en tenant compte de la plus-value qualité, coût de concentré et marge brute lait, marge brute cultures de vente,…). En partant de l’Excédent Brut d’Exploitation (EBE/1000 litres), ce critère d’efficacité économique doit couvrir les prélèvements privés, les annuités d’emprunts, ainsi que les frais financiers à court terme. Après déduction de ces dépenses, on obtient la Marge Nette d’Autofinancement (MNA), positive ou négative. Une MNA positive ramenée aux 1000 litres, déduite du prix de vente observé donne un point d’équilibre inférieur au prix de vente constaté, ce qui va renforcer la capacité de résistance de l’élevage. A contrario, l’exploitation consomme de la trésorerie lorsque la MNA est négative.
Un point d’équilibre supérieur au prix de vente du lait observé traduit une dérive de trésorerie. Quel est, dans ce cas, votre démarche ?
Eric Cadoret : Le comptable doit analyser la ou les causes avec l’éleveur et détailler tous les critères technico-économiques et finan-ciers : niveau du prix de vente du lait (ex. : problèmes de qualité), coût alimentaire, annuités/1000 litres, prélèvements privés, autofinancement, investissements…Si cette situation se confirme au travers du point d’équilibre prévisionnel, il faudra étudier les moyens d’action à mettre en place pour limiter la dérive de trésorerie et par conséquent la viabilité à terme de l’exploitation : mise en place d’un emprunt court terme pour financer le cycle de production, allongement de la durée des prêts, rattrapage d’investissements anciens autofinancés, autres procédures…
Au regard des incertitudes qui cernent la production laitière, les éleveurs cherchent-ils plus de repères pour se projeter dans l’avenir ?
Eric Cadoret : Effectivement, ils sont demandeurs d’indicateurs prévisionnels et de simulations pour se donner de la visibilité et conforter leur décision d’investissements futurs, par exemple. La démarche prévisionnelle, notamment la projection de l’EBE sur 3 ans réalisée chez nos adhérents, doit être bien expliquée. Dans tous les cas, la simulation se fait avec la participation de l’agriculteur qui va intervenir sur les variations de tel ou tel élément : volume de lait, variation du coût alimentaire, assolement prévisionnel, cotisations sociales, investissements incontournables, évolution des prélèvements privés,… L’intérêt est, aussi, d’analyser les écarts entre la projection simulée en année N-1 avec l’exercice comptable clôturé en N. Précisons qu’il est possible de réactualiser les projections intermédiaires tous les 3 ou 4 mois, en fonction des attentes des adhérents. Coller au plus près de la réalité est toujours plus rassurant.
Elisabeth Le Morzadec
CER FRANCE Côtes d’Armor
Légende photo : Pour Eric Cadoret, directeur de l’agence CER FRANCE Quintin : “ le point d’équilibre est un bon indicateur pour mesurer la capacité de résistance des élevages. Il est complémentaire aux autres outils de gestion comme le coût de production, le coût de revient, le niveau de trésorerie du bilan, le fond de roulement, le taux d’endettement…”