
La culture sorgho ensilage jadis réservée au Sud-Ouest remonte vers le nord. L’été sec que nous venons de vivre conduira encore de nouveaux éleveurs à se poser la question de l’opportunité de cette culture dans les zones sèches de Bretagne.
Une série de six essais a été réalisée à la ferme des Trinottières (49) pour mesurer l’impact de son utilisation dans la ration des vaches laitières. Le sorgho grain, le sorgho sucrier commun et le sorgho sucrier BMR (nervure centrale brune) ont été testés. À chaque fois, un mélange 50 % maïs – 50 % sorgho a été comparé à un témoin 100 % maïs. Seul le dernier essai a été réalisé avec 65 % de sorgho.
Il se marie bien au maïs
Pour le sorgho grain et le sorgho sucrier commun, la production laitière est en nette baisse : -3.5 à - 4 kg de lait / VL avec une hausse du TB et un maintien du TP. Pour les sorghos sucriers BMR, la baisse de production est limitée avec - 1 kg de lait et le TB est également en hausse. L’ingestion est en baisse avec un taux de MS de l’ensilage faible (25 à 28 %). Par contre, l’efficacité alimentaire est supérieure au lot témoin. Au regard de cette série d’essais, le sorgho BMR apparaît comme l’alternative la plus intéressante mais à confirmer.
À partir des résultats des essais conduits aux Trinottières, des simulations économiques ont été réalisées pour les différents sorghos. Pour le sorgho grain et le sorgho sucrier commun, l’impact économique est négatif (de l’ordre de -10 à - 14 euros/ 1000 L) en lien avec la forte baisse de production et d’efficacité alimentaire. Par contre pour le sorgho sucrier BMR, son incorporation à 50 % dans la ration hivernale a un impact économique positif dès que le rendement du sorgho est égal ou supérieur à celui du maïs. Cette tendance est liée à la meilleure efficacité alimentaire du sorgho.
Aujourd’hui, il n’existe pas d’équations spécifiques au sorgho pour le calcul des valeurs UFL et PDI. La plupart des laboratoires utilisent pour l’instant les équations du maïs ensilage. Pour les sorghos grain et sucrier commun, les valeurs calculées sont proches de la réalité (UFL : autour de 0.85, PDI : égale voire supérieure au maïs). Par contre, pour les variétés BMR, les équations maïs sous-estiment systématiquement la valeur UFL (autour de 0.90 UFL, PDI idem au maïs).
Les variétés s’améliorent
De son côté, l’Inra de Lusignan (86) rappelle que les études plus anciennes ont montré que les sorghos disponibles sur le marché pour la production de grain permettent d’obtenir des performances zootechniques comparables à celles d’un ensilage de maïs. Cependant le potentiel de rendement de ces sorghos est plus limité en raison de leur morphologie. Sans compter que des conditions climatiques « France de l’Ouest » ne garantissent pas la formation de grains puis la maturité des plantes. Bref, cette catégorie de sorgho n’est pas adaptée à la Bretagne.
Le sorgho BMR a une teneur en lignine plus faible. Dans cette expérience, il semble apporter des réponses positives en termes agronomiques et zootechniques (ingestion et performances laitières).
Pour les chercheurs de l’unité fourrages de l’Inra, « les types de sorgho originaux peuvent présenter un intérêt pour l’ensilage ». Et d’estimer que l’ouverture du catalogue officiel (Geves) pour l’utilisation de cette espèce et des études en cours sur la valeur alimentaire devraient permettre de mieux caractériser et apprécier les innovations variétales arrivant sur le marché.
D. Le Du
Photo : Les coûts de culture du sorgho sont en général inférieurs à ceux du maïs ensilage ; les performances animales sont parfois en retrait, mais lorsque le rendement du maïs ne dépasse pas régulièrement 10 t MS/ha, le sorgho peut avoir toute sa place.
3 types de sorgho grain
Le sorgho est une plante plus rustique que le maïs, qui permet de mieux maîtriser les intrants (eau, azote...). Son coût de production est donc moins élevé (estimé à de - 50 à -100 euros/ha).
Trois types de sorgho grain peuvent être cultivés :
- Le sorgho nain est un type tardif représentatif des variétés utilisées en production de grain dans le Sud.
- Le sorgho sucre est une plante à fort développement.
- Le sorgho BMR à fort développement également est porteur d’un gène lui conférant une meilleure digestibilité des parois.