
Le coût alimentaire par 1 000 litres de lait est en moyenne plus élevé dans les élevages conduits en agrobiologie comparé aux élevages conventionnels : 69 euros et 66,4 euros (source Réseau des fermes de référence). Pas chez Bernard Kerouédan, éleveur holstein en agrobiologie depuis 10 ans. « Je suis à moins de 20 euros /1 000 litres ; plus précisément à 15 euros et 14 euros ces deux dernières années ».
Suppression des concentrés
On ne parvient pas à cette performance économique en un claquement de doigts. La conduite d’un troupeau laitier en bio est largement tributaire de la conduite fourragère. Une conduite qui s’acquiert au fil des ans… et des échecs.
Trois ans après son installation, cet éleveur a dû faire face à une baisse de prix du lait liée à un fort développement de la production de lait bio impulsé par les CTE. « Le prix du lait a enregistré une sérieuse chute de 2002 à 2004 ». Impératif dans ce contexte : réduire les coûts de production. « J’ai supprimé le concentré et abandonné le maïs. Depuis, c’est toujours le cas ; sauf pour le maïs cette année ».
Pas question de viser les 9 000 kg avec un tel régime alimentaire. Mais tel n’est pas l’objectif. « La production moyenne oscille autour de 5 000 litres par vache », indique l’éleveur précisant qu’en ration hivernale la production se limite à une douzaine de litres par jour. « Mais la capacité d’adaptation de la holstein est remarquable. Au printemps, la production redémarre. Cette année, sans vraiment le vouloir, 60 % des vêlages auront lieu au printemps, ce qui est idéal dans un système herbager », observe B. Kerouédan.
Beaucoup à gagner dans la conduite du pâturage
« Au départ, je travaillais avec du ray-grass trèfle blanc. Trop difficile à maintenir en équilibre », a constaté l’éleveur. « Aujourd’hui, je me suis orienté vers un mélange trèfle violet – la luzerne des terres acides – RGH, RGA, trèfle blanc. Voire du dactyle et de la fétuque dans les parcelles destinées à la fauche ».
Réussir le semis ne suffit pas pour réussir sa pâture. « On a beaucoup de rendement à gagner dans la conduite du pâturage », reconnaît Bernard Kerouédan qui cite un rendement de 8 t MS/ha en pâture (10 passages) et 12-13 t MS en fauche (4 fauches/an). « En pâturage, je travaille avec une vingtaine de paddocks pour une surface accessible de 20 ha. Les vaches y restent 3-4 jours, voire moins en début et fin de saison. Pour ma part, j’utilise un fil avant qui favorise un pâturage ras et limite les refus ».
En année normale, les vaches pâturent dix mois sur douze. « Nous avons des sols relativement portants ». À partir de fin octobre, le colza (8 ha) remplace en partie l’herbe. En complément, elles reçoivent de l’ensilage d’herbe et du foin. « Cette année, j’ai acheté 2 ha de maïs bio pour faire l’appoint ».
Affouragement en vert
« Dans quelques jours, je vais également commencer l’affouragement en vert avec une remorque faucheuse autochargeuse ». Cette machine, financée à 40 % par les mesures agro-environnementales (MAE SFEI) servira à valoriser la pousse d’hiver et de début de printemps des parcelles destinées à la fauche et éloignées des bâtiments. « Je vais également récolter 15 ha d’un mélange avoine diploïde + trèfle d’Alexandrie implantés chez un voisin spécialisé dans les cultures de vente bio ».
L’éleveur de Plouhinec calcule que l’autochargeuse sera en service 9 mois sur 12. « Une des clés du bio est de disposer de suffisamment de stocks fourragers. L’affouragement est un palliatif aux stocks conservés ».
Sur cette exploitation, la pratique de cultures de vente sur 12 ha sert aussi de surface tampon. « Une partie de ces cultures peut être convertie en fourrage : par exemple du méteil que je peut ensiler (3,5 ha cette année) ». L’année prochaine, la surface de vente sera réduite de moitié pour reconstituer les stocks.
Didier Le Du
Photo : Journée de visite des pâtures et de conseil au champ avec le technicien du Contrôle laitier, Jérôme Patier (à droite) chez Bernard Kerouédan, à Plouhinec.
Chiffres clés
•SAU : 53 ha dont 12 ha de cultures de vente
•Chargement : 1,10 UGB/ha
•Référence laitière : 200 000 litres
•Prix du lait : 420-430 euros/1 000 litres
•Stock : 2 tonnes/VL
•Taux de réussite en 1ère IA : 66 %
•Ration au 15 octobre : 8 kg de MS herbe + 6 kg de foin.
•Finition des vaches à l’herbe (330 kg de carcasse – prix de vente : + 0,80 euros/kg par rapport à la vache conventionnelle).