
L'aviculture s'en sort mieux que les autres productions" une phrase souvent entendue, ces derniers mois. Certes, la situation des producteurs de volailles de chair n'est pas aussi difficile que celle des éleveurs de porcs qui supportent le poids de la crise depuis 3 ans et doivent faire face directement à la hausse du coût alimentaire. Mais, les responsables du maillon production tirent la sonnette d'alarme sur la nécessaire hausse des rémunérations.
L'impossibilité de construire
"Nous avons perdu en Bretagne près de 2 millions de m2 depuis 2000", souligne Jean-Noël Sidaner, président du GIVC. "La surface du parc breton de bâtiments a baissé de 32 % entre 2000 et 2008. 35 % des producteurs ont arrêté le métier, sur cette période". Cette chute de la surface s'accompagne d'un vieillissement des éleveurs : 62 % d'entre eux ont plus de 40 ans. Et l'âge moyen des bâtiments ne cesse de croître (25 ans en moyenne).
La légère progression des marges PA a permis ces dernières années de réaliser quelques rénovations. "C'est insuffisant, car la Bretagne n'a pas construit de poulaillers neufs depuis 2000", déclare André Quenet (FRSEA). "Pour pouvoir lutter à armes égales avec nos voisins allemands qui ont construit des outils bien équipés et peu gourmands en énergie, ces dernières années, nous devons aujourd'hui investir". Or, les rémunérations actuelles ne le permettent pas.
35 % de poulets importés
Le maintien de la production en France est d'autant plus important que 35 % des poulets que nous consommons sont importés (260 000 t. sur 740 000 t.). "Le danger vient autant d'Allemagne et des pays de l'Est que du Brésil", estime Jean-Michel Choquet (Cravi). La promotion de la volaille française au travers du logo VVF n'est pas performante. "Elle doit créer le réflexe d'achat chez les consommateurs".
Le créneau des produits élaborés longtemps mis en avant par la filière pour valoriser ses marges s'est retourné contre elle. "Dans ce domaine, les industriels sont en effet beaucoup plus sensibles au prix qu'à l'origine. Ils font appel de plus en plus à l'importation".
Attentifs aux discussions
Face à l'augmentation du coût des matières premières, des discussions viennent de démarrer entre abattoirs et distributeurs, pour une revalorisation des prix. "Cette dynamique doit aussi prendre en compte la rémunération des éleveurs, certaines de nos charges (bien-être, énergie…) ont progressé".
Les bases déjà avancées l'an dernier, d'une progression des rémunérations de 120 euros/t. pour une projet neuf et de 50 euros/t pour une rénovation restent valables. "Nous serons très attentifs aux discussions et nous ne nous laisserons pas faire", souligne Jean-Noël Sidaner. C'est l'avenir de l'aviculture bretonne qui en dépend et au-delà se posent deux questions : Que veut-on manger demain et souhaite-t-on conserver les emplois en Bretagne ? Si les discussions n'aboutissent pas, des visites de sites de centrales d'achat pourraient avoir lieu en cours de semaine.
Patrick Bégos
Illustration : Evolution en indices des coûts de production et des prix à la production, sortie abattoir de volailles et prix consommateurs
Progression des marges distributeurs
Le graphique ci-contre montre l'évolution des composantes de prix de la filière. D'octobre 2008 à juillet 2010, le prix de vente au consommateur est resté stable alors que le coût de production et le prix de sortie abattoir ont chuté. "Les abattoirs ne font pas fortune", admet Jean-Noël Sidaner. "Par contre, les marges des distributeurs dans le rayon volailles ont fortement progressé". Les rémunérations des producteurs n'ont pas bougé.