
Avec un ratio d'une unité de phosphore pour une unité d'azote contenue dans leurs effluents, les dindes sont particulièrement pénalisées par l'application de l'équilibre de la fertilisation en phosphore. En effet, les références agronomiques sur l'exportation par les cultures indiquent que pour 100 kilos d'azote apportés, les cultures exportent, en moyenne, 46 kilos de phosphore. Pour répondre aux besoins des plantes en azote par des fumiers de dindes, la quantité de phosphore épandue serait trop importante. L'équilibre en phosphore ne peut se faire qu'en limitant l'épandage des fumiers et en ajoutant un engrais minéral azoté. La problématique est quasiment identique pour les autres volailles de chair mais moindre pour le porc et surtout pour les bovins qui ont un ratio azote/phosphore plus proche des références sur l'exportation des cultures (deux fois plus d'azote que de phosphore).
Différencier le raisonnement entre N et P
En Morbihan, le renforcement du dispositif concerne les territoires en amont des plans d'eau soumis à eutrophisation (Lac au Duc et Guerlédan) et tous les dossiers en autorisation, soumis à renouvellement. Difficile à accepter pour la profession, comme le rappelle Thierry Coué . « Nous demandons une approche par pression d'apport de phosphore organique ». 85 kilos par hectare pour les effluents organiques bovins et porcins; 95 kilos pour les effluents avicoles. « Le raisonnement doit être différent entre l'azote et le phosphore. L'équilibre de la fertilisation azotée est justifiée car le risque de lessivage existe. Le mode de transfert du phosphore se fait par érosion ou ruissellement. Il impose de raisonner sur le risque de transfert par des pratiques culturales adaptées: couverture des sols, bandes enherbées, bocage, gestion du parcellaire ».
Plans d'épandages
En volailles, les plans d'épandage seraient multipliés par 1,6 et 2, selon les espèces. Le seuil d'obligation de traitement, revu à la baisse. « Le surcoût économique lié au traitement du phosphore est de l'ordre de 4 à 5 centimes d'euros par kilo de porc et de 2,5 à 4 euros par m2 de poulailler », poursuit Thierry Coué. La baisse des effectifs animaux serait une solution pénalisante pour l'économie agricole. L'augmentation de la consommation d'azote minéral , de 2000 à 5000 tonnes, pour équilibrer la fertilisation des cultures, constituerait un paradoxe
Aides à l'export d'effluents
La filière avicole a réduit les rejets de phosphore grâce aux phytases utilisées dans l'alimentation (- 20% en dindes, sur les quatre dernières années). « Les rejets sont moins importants. L'administration doit en tenir compte dans les dossiers installations classées ». La profession demande une montée en puissance du plan Breizh bocage, dont l'objectif majeur est de stopper l'érosion, la mise en place d'une MAE (mesure agro-environnementale) concernant l'exportation de fumiers ou de composts, et des aides à l'aménagement de plate-formes de compostage. « Les personnes qui pensent que la production avicole peut se répartir sur l'ensemble du territoire français se trompent », conclut Laurent Kerlir. « Les projets de constructions d'élevages suscitent bien plus d'opposition dans les autres régions. Si la filière disparaît en Bretagne, les distributeurs s 'approvisionneront à l'étranger ».
Bernard Laurent
Photo : La filière volaille de chair est impactée par les directives phosphore
Trop d'élevages avicoles pour la Confédération Paysanne
La Confédération Paysanne, par la voix de Jean François Guillemaut, s'est interrogé sur la cohérence d'accorder des autorisations de construire de nouveaux élevages de volaille (prenant exemple sur la région de Taupont). Yves Le Gourrierec, président de la Chambre d'agriculture, relayé par Philippe Charreton, de la DDTM, considère que la production n'est pas un problème dans la mesure où l'excédent d'effluents est exporté vers d'autres régions déficitaires et que la fertilisation est équilibrée sur la zone. Dans le cas de la région de Taupont, il s'agit d'élevages de pondeuses dont les fientes sont séchées et exportées. La Confédération estime que, dans ce cas, le coût du traitement doit être entièrement supporté par les exploitants et que, d'une manière générale, le lien au sol doit être renforcé pour éviter les déséquilibres. La création de valeur ajoutée doit, selon ses représentants, primer sur l'augmentation des volumes de production.
Réduction du phosphore en Morbihan
- Excédent 2000 : 28 kilos/ha/an
- Excédent 2009 : 10 kilos/ha/an
- Réduction de 9000 tonnes de rejets(2000/2009)
Dont
•2100 tonnes d'engrais
minéraux
•2200 tonnes liées à
l'utilisation de phytases
(porcs)
•2000 tonnes liées à la
baisse des effectifs volailles
chair
•1100 tonnes résorption N
(fientes sèches)
•700 tonnes effectifs
bovins