
Ils étaient environ 150 producteurs à l'intérieur de la mairie de Nouvoitou vendredi dernier, pour soutenir Jacqueline et Gilbert Pannetier (EARL de la Pochais) dans leur projet de création d'un post-sevrage – engraissement sur leur exploitation. A l'appel de la FDSEA et des JA, les agriculteurs sont venus du canton de Châteaugiron, mais aussi de beaucoup plus loin dans le département. "Toutes les productions étaient représentées, toute la profession s'est sentie concernée. C'est dommage d'en arriver là, mais cette mobilisation nous a fait chaud au coeur", soulignent Jacqueline et Gilbert Pannetier.
Installés en 1985 à Nouvoitou, les producteurs gèrent actuellement une exploitation familiale reposant sur une SAU de 45 ha et deux productions : lait (230 000 L de quota) et porc (98 truies naisseur). "Depuis quinze ans, nous faisons engraisser les porcs à façon. Lancé en 2009, notre projet est de rapatrier l'engraissement sur notre exploitation pour obtenir un produit fini". De dimension familiale, le projet est cohérent sur le plan social, économique et environnemental. Le nouveau plan d'épandage va permettre de valoriser les déjections sur l'exploitation et chez quatre voisins prêteurs.
"Le dialogue n'a pas payé"
Souhaitant être transparents sur leur projet, les exploitants ont décidé de communiquer en aval du dépôt de dossier "Installations Classées". "Dans le village, l'entente était cordiale. Dans nos pratiques, nous tenions compte du voisinage au quotidien. Nous avons expliqué le projet, notamment avec une plaquette descriptive, et organisé des visites d'exploitation à destination des élus de la commune, des voisins et même de l'association de défense de l'environnement Le Béruchot. A ce moment, il n'y a pas eu d'opposition".
C'est lors de l'enquête publique, débutée en août dernier, que des actions ont été menées contre le projet, lancées en particulier par un couple de riverains. "Le hameau s'est transformé en village fantôme. Les voisins nous évitaient. Des pétitions ont été lancées". Pas facile pour les deux éleveurs, seuls à avoir un siège d'exploitation dans le hameau, de garder la tête haute. Une véritable épreuve à laquelle ils ne s'attendaient pas.
Rester autonomes dans leurs décisions
Sur internet, les injures et les insultes pleuvent. Des affichettes sont déposées dans les magasins de Nouvoitou. Les opposants craignent une dépréciation de leur habitation, des nuisances olfactives… Ils s'inquiètent de la circulation des tonnes à lisier. Pour certains, l'avenir de l'exploitation avait une autre alternative : une conversion en bio avec les vaches laitières. "Mais ce n'est pas ce que nous souhaitons. C'est un autre métier", expliquent les éleveurs qui souhaitent comme l'ensemble des autres producteurs conserver leur autonomie de décision.
Restés silencieux dans un premier temps, les agriculteurs se sont fortement mobilisés le dernier jour de l'enquête publique vendredi dernier, pour défendre leur métier et leur avenir. "Nous devons pouvoir valoriser les produits issus de nos exploitations quelles que soient les productions et les modes de production", ont-ils déclaré. Le dossier suit son cours. La préfecture annoncera sa décision finale avant la fin de l'année.
Agnès Cussonneau
Photo : Environ 150 producteurs ont occupé dans le calme la mairie de Nouvoitou vendredi dernier, en soutien à Jacqueline et Gilbert Pannetier.