
Cet éleveur de 38 ans connaît les courses de fond. Marathonien à ses heures, Roland Quintin se réfère volontiers à son sport favori pour expliquer ce qu’il vient de vivre cette dernière année. « C’est comme si en arrivant au terme des 42 km, il vous fallait revenir au point de départ de la course. Le circuit en sens inverse quand vous avez déjà plein les jambes ».
Avoir une assurance perte de marge brute
Retour au 21 mai 2009. Un incendie ravage le point névralgique de cet élevage de 235 truies. Le bâtiment gestante est entièrement décimé. Du cheptel reproducteur, il ne reste plus que la bande de truies en maternité. La fabrique d’aliment à terre prive les charcutiers d’aliment. Le réseau électrique est liquéfié par la chaleur des flammes jusqu’à trois mètres sous terre. « L’urgence a été de rétablir la soupe en engraissement et la ventilation pour éviter les étouffements », se remémore l’éleveur qui, à ce stade, ignore encore l’immense tâche qui l’attend.
Après ce week-end de l’Ascension éprouvant, commence l’expertise de l’assureur pour évaluer le montant des dégâts. « Je suis allé voir un éleveur victime d’un incendie pour voir comment faire », explique Roland Quintin qui déclare être devenu administratif à plein temps pendant de longues semaines. « Par chance, le rapport de l’expert désigné par la compagnie d’assurance me satisfaisait. Comme je n’ai pas fait appel, les choses se sont enchaînées », poursuit-il, invitant les éleveurs à faire le point tous les deux ans avec leur assureur. « Histoire de bien caler les contrats avec l’existant car une exploitation est en constante évolution. De même, il faut bien veiller à la couverture perte de marge brute. Pendant neuf mois, je n’ai pas vendu un cochon ».
Le choix de repartir
Installé en 2006 sur l’exploitation familiale, Roland Quintin aurait pu jeter l’éponge. Par découragement. « Je suis motivé par la production porcine. J’aime mon métier. En 24 heures, j’ai décidé de repartir ».
Après avoir pensé reconstruire sur les soubassements initiaux, l’éleveur et Stéphane Colin, son technicien bâtiment à Porfimad, décident de repenser les bases de cet élevage naisseur-engraisseur. « D’une conduite 7 bandes, nous avons décidé de passer en 4 bandes ».
Une réorganisation des bâtiments devient alors nécessaire. Une gestante en groupe est construite, deux salles d’engraissement sont accolées au bâtiment existant et une nursery est aménagée dans un engraissement. « Une nouvelle fabrique est construite. Elle est actuellement en voie d’achèvement. Ce qui signifie que j’ai été obligé de vendre mes récoltes de maïs et de blé de l’année dernière, de remettre sur le marché les contrats soja que j’avais signés».
« Cette réorganisation de l’élevage de fond en comble a été guidée par 3 axes : l’optimisation de la main-d’œuvre (3 personnes) ; l’utilisation de l’existant (bâtiments) ; la recherche de la performance et l’amélioration du sanitaire (blocs bâtiments séparés).
Un métier appelé à évoluer
Les premières cochettes sont arrivées sur l’élevage dès le 20 août 2009, soit 3 mois après le sinistre. « Les premiers charcutiers sont sortis en août dernier », indique R. Quintin qui s’est parfois surpris d’entendre des propos empreints d’une certaine ambiguïté. « Des personnes me disaient que j’avais de la chance de toucher de l’argent de l’assurance à un moment où le prix du porc est bas. Il faut savoir que l’assurance marge brute s’appuie sur les résultats techniques de l’année précédente mais avec les cours actuels du cadran », explique-t-il relevant que rebâtir tout un élevage n’est pas une sinécure.
« Quand vous vous retrouvez face à un tel chantier trois ans après votre installation vous pouvez avoir quelques moments de découragement. Sans parler des lobbies anti-porcin qui s’activent à stigmatiser l’agriculture. On en connaît quelque chose dans le Porzay ». Et Roland Quintin d’ajouter : « Personnellement, je crois en mon métier et en des jours meilleurs ».
Le jeune éleveur élargit la conversation en confiant son impression sur l’évolution de l’agriculture. « Je considère que plus on délègue, plus la marge nous échappe. D’où ma volonté de fabriquer l’aliment à 100 %, de commercialiser mes porcs au cadran. Par ailleurs, il ne faut pas non plus que l’Etat nous enlève toute perspective. Les exploitations devront évoluer dans les 15 années à venir pour assurer la pérennité de l’élevage porcin. C’est ce que je dirai au préfet lors de la porte ouverte prévue le 15 octobre ».
Didier Le Du
Photo : « En temps normal, un tel élevage se crée en quinze ans. Dans ce cas, il fallait qu’il voit le jour en 18 mois », dit Roland Quintin qui voit enfin le bout d’une course contre le temps.