
Les signaux de reprise sont là », affirmait Eric Toppan, économiste à la fédération des forestiers privés de France, lors de l'AG du syndicat départemental, vendredi dernier à Vannes. La demande et les prix ont quasiment atteint le niveau des années fastes de 2006 et 2007. Le résineux profite de l'embellie. « La demande est forte sur le sapin épicea ou sur le Douglas. Même certains feuillus relèvent la tête depuis quelques mois. Le chêne est demandé, même si les prix ne décollent pas. Le châtaigner et le robinier sont très prisés ». En parallèle, la tendance de fonds pour le bois énergie est favorable. La demande de bois à palettes et emballages est en hausse. Un secteur économique en pleine santé, serait-on tenté de croire, à la lecture de ces différents éléments. Il n'en est rien. Malgré d'importantes ressources, la France possède la première réserve de bois sur pied de l'Union européenne, la balance commerciale est largement déficitaire (- 5,4 milliards d'euros). « Le deuxième poste de déficit national après le secteur de l'énergie (pétrole) ». En cause, l'industrie du papier, du meuble (bois tropicaux), et du sciage des résineux, qui s'approvisionnent à l'étranger, faute de compétitivité de la filière française. « L'importation de résineux a été multipliée par deux en 15 ans, essentiellement pour le bois de charpente. En provenance de Finlande, de Russie ou d'Allemagne ». Le volume de ces importations représente quasiment la moitié de la production française.
Les feuillus dépriment
La récolte stagne en France. « Nous ne prélevons que 57% de la croissance annuelle des plantes », indique l'économiste. 59 millions de m3 récoltés chaque année, pour une pousse naturelle des arbres de
100 m3 annuelle. La récolte de résineux augmente. Les plantations d'après guerre profitent aux secteurs de la construction et de l'emballage. La récolte de feuillus, est, par contre, en forte baisse. L'embellie des derniers mois ne saurait cacher la déprime des dernières années. « Les scieries de proximité qui valorisaient ces espèces ont fermé ». Chênes, peupliers et surtout hêtres ont subi la baisse des ventes de meubles massifs, . Les coûts d'exploitation ont augmenté.
Bois énergie : une opportunité ?
Le secteur du bois énergie semble prometteur. « Le bois représente 55% des énergies renouvelables en France ». Mais seulement 4% du bilan énergétique global. « La ressource disponible de petit bois pour les chaudières collective est suffisante. La demande de plaquettes devrait être multipliée par deux d'ici à 2012 ». Un secteur qui ne sera pas concurrencé par les importations. Un secteur à faible valeur ajoutée. Éric Toppan reste optimiste. « Le bois s'affirme partout, dans les constructions neuves, dans les rénovations, dans les usages extérieurs ». Une aubaine pour la filière. A condition, que les pays étrangers ne raflent pas les marchés.
Bernard Laurent
Photo : 10 millions d'hectares en 1900, 16 millions aujourd'hui, la forêt française se porte bien. Sur les 137 espèces répertoriées, une quinzaine sont exploitées.
Surfer sur la vague carbone
Depuis la fin juin 2010, un club carbone, regroupant les forestiers privés, l'office national des forêts et l'Inra, s'est constitué. Il travaille à l'élaboration d'une méthodologie qui vise à comptabiliser les volumes de CO2 séquestrés par la forêt et notamment par le travail des forestiers. Calculer, par exemple, l'effet bénéfique du remplacement d'un taillis peu productif en futaie, en terme de stockage de carbone. L'objectif est d'en tirer un bénéfice financier (aides publiques ?) qui permettrait au forestier d'engager des travaux d'aménagement ou de plantation qu'il n'aurait peut-être pas réalisé sans cette nouvelle voie de valorisation.