
Les exportations de céréales et de vins ont régressé l'an dernier. Les produits laitiers également. Les importations de volailles sont toujours plus nombreuses. Au total, ce sont 3 milliards de moins pour l'excédent de la balance commerciale française . Le constat, dressé par Bernard Esnault, expert économique de la FNSEA, est sans appel. Le repli du commerce extérieur agroalimentaire est engagé. La France est en difficulté sur son premier marché, l'Union européenne, qui représente les trois quarts des débouchés à l'export. La réglementation française est, selon lui, en partie, responsable de la situation.
Laver plus blanc
« L'arsenal de règles franco-françaises allant au-delà des normes communautaires, ou plus strictes que celles appliquées dans les autres États membres, augmente les coûts de production ». Tous les domaines sont concernés : social, environnemental, sanitaire, transport, monétaire. « L'exonération totale de charges sociales sur les travailleurs saisonniers renforce la compétitivité des exploitations horticoles allemandes par rapport à leurs homologues françaises ». La filière porcine se lamente des distorsions de concurrence liées à l'embauche, dans l'industrie de l'abattage-découpe allemande, d'une main-d'œuvre étrangère (2/3 des salariés), payés à la rémunération du pays d'origine. « Le désavantage compétitif est estimé à 5 centimes par kilo de viande, soit 100 millions d'euros pour la filière porcine française ». Le coût des divers dossiers, installations classées notamment, est bien moindre dans les autres pays de l'Union. La production d'énergie devient un complément de revenu pour certains agriculteurs européens. « Les conditions plus avantageuses de rachat de l'électricité produite par cogénération en Belgique ou aux Pays-Bas, placent les serristes français dans une situation difficile. L'avantage compétitif de la tomate belge est estimée à 70 centimes du kilo ». Le tarif de rachat de l'électricité produite par méthanisation est plus faible qu'en Allemagne. Une unité telle que celle de Remungol (atelier porc), la première en Morbihan, rapporterait 100 000 euros de plus à l'année si elle était située Outre-Rhin. Le dossier de l'autorisation du transport de matières premières par camions de 44 tonnes, l'équarissage, l'accès aux OGM, l'objectif de réduction de 50% de l'usage des pesticides en 10 ans, l'obligation de couvrir les sols en hiver, sont, pour la plupart, des mesures françaises, qui, selon l'expert, accentuent la perte de compétitivité de l'agriculture.
Rapport de force
Tout serait donc de la faute des pouvoirs publics ? Assurément non. D'autant plus que certaines des mesures citées par Bernard Esnault ont un impact positif sur l'environnement, sources d'économies futures. Les modalités de formation des prix, liées à un marché de plus en plus complexe, sont tout aussi pénalisantes pour les filières françaises. « 500 000 agriculteurs et 10 000 entreprises de l'aval font face à 5 centrales d'achat. Il est impératif de concentrer l'offre de production pour peser sur le marché ». Conséquence de cette situation: les prix payés aux producteurs ne leur permettent pas d'investir pour moderniser leurs exploitations et gagner en compétitivité. Le nouvel observatoire des prix et des marges devrait mettre une forme de pression sur les distributeurs. « La communication en direct vers le consommateur, leur client, les dérange ». Enfin, l'économiste insiste sur la nécessité, dans un marché moins régulé, plus volatile, de contractualiser pour tisser un lien durable entre partenaires. « Un moyen de restaurer de la stabilité et de la régulation à l'échelle d'une production, d'une filière ».
Bernard Laurent
Photo : Andrée Luherne, présidente de la commission départementale des agricultrices, recevait Bernard Esnault, expert de l'économie alimentaire à la FNSEA, lundi dernier, à Vannes, lors de la journée des agricultrices
Commerce extérieur agroalimentaire 2009
- 43 milliards de déficit du commerce extérieur français
+ 5,4 milliards d'excédent agroalimentaire (- 38%/2008)
Dont :
•+ 5 milliards vins
•+ 4,5 milliards céréales
•+ 2,5 milliards produits laitiers
•+ 1,1 milliard bovins vivants
•- 600 millions viandes (dont + 43 millions porc ;
+ 205 millions volailles ; - 207 millions bovin)
•- 1,1 milliard tabac
•- 6 milliard autres
Le Hard discount mieux que la GMS ?
Le mode de distribution est également un élément à prendre en compte, dans la fixation des prix des produits payés au producteur. Pas forcément au désavantage du hard discount, selon Bernard Esnault. Les distributeurs français jouent sur la volatilité des prix. Ils sont toujours en renégociation de prix et font pression à la baisse constante. Les enseignes de hard discount allemandes, établies en France (Lidl, Aldi), s'engagent sur les prix pour de plus longues durées et permettent, par exemple, à leurs fournisseurs allemands, d'avoir plus de lisibilité. La négociation est plus facile. Et les promotions, quasi constantes sur certains produits en GMS françaises, n'existent pas.