
Il a parfois été repéré sur des aubergines, des pommes de terre, des poivrons… Mais avant tout, ce lépidoptère raffole des tomates, ses feuilles en particulier. Il s'attaque aussi à ses tiges et peut se satisfaire des fruits quand il ne reste plus que ça. Menace supplémentaire pesant sur les épaules des producteurs, le Tuta absoluta fait peur, car sa capacité de destruction des cultures est importante, avec à la clé des pertes de production.
"Il vole au stade adulte (papillon) et se dissémine. Sa capacité d'adaptation est forte, ainsi que sa capacité à pondre", a précisé Yannie Trottin, ingénieur au CTIFL, lors d'une journée d'information serres à Carquefou. Elle relativise cependant en faisant remarquer que la conduite généralisée des cultures de tomates en protection intégrée est un atout dans la lutte, avec notamment la présence dans beaucoup de serres de punaises prédatrices de Tuta.
Evacuer les résidus de cultures
Par ailleurs, plusieurs partenaires travaillent sur le lépidoptère depuis 2009, et des solutions existent aujourd'hui pour le contrer. Pour être efficaces, les moyens de lutte doivent obligatoirement être combinés. Tout d'abord, la prévention est de mise. "Les résidus de cultures (feuilles, fruits…), qui peuvent héberger Tuta, doivent être évacués. De même, les plastiques et les substrats doivent être changés en fin de culture", note Yannie Trottin.
L'observation des plants et cultures est primordiale. "Nous recommandons d'accroître la surveillance 8 à 10 jours après plantation, et 15 jours plus tard, sur une trentaine de plants dans la serre par exemple. Les mines causées par les larves peuvent alors être visibles. L'effeuillage raisonné peut permettre de limiter les populations, notamment en cas d'attaque précoce". Ensuite, la surveillance doit se poursuivre tout au long de la culture. Des pièges à phéromone (mâles uniquement) peuvent également permettre de détecter la présence de Tuta.
Association Macrolophus - Trichogrammes
Quand le parasite est là, le piégeage massif s'impose d'abord. "20 à 25 pièges à eau par ha sont répartis de manière homogène au bas des plantes". Des pièges lumineux peuvent aussi être utilisés avec des phéromones. En parallèle, les Macrolophus caliginosus doivent être introduits le plus rapidement possible. Implantés en janvier par exemple, ils ne seront bien installés qu'en juin. Entre temps, d'autres auxiliaires seront lâchés : des Trichogrammes (mini-guêpes) qui agissent rapidement.
Concernant la lutte chimique, elle est possible, mais les risques de résistance sont forts et les spécialités doivent respecter les auxiliaires. Attention notamment avec Spinosad, Indoxacarb, surtout pendant l'installation des Macrolophus. Bacillus thuringiensis ne pose pas de problème. A retenir qu'employée seule, la lutte chimique ne suffit pas à maîtriser Tuta.
La recherche et les expérimentations sur le ravageur vont se poursuivre, visant à affiner les stratégies de lutte et réduire le surcoût lié à la protection, très variable selon les structures. L'information des producteurs, pépiniéristes et particuliers va être amplifiée.
Agnès Cussonneau
Photo : Les larves de Tuta creusent des galeries, plutôt sur la partie basse des plantes dans un premier temps.
Pas de dégâts sur les fruits en Bretagne
Sa première localisation remonte à 1935 en Amérique du Sud. Depuis, le Tuta absoluta a progressé sur la planète, il a été identifié en Espagne en 2006, dans le Maghreb, en Italie et dans le sud de la France en 2008. En 2009, la Grande-Bretagne, les Pays-Bas, la Suisse... rejoignaient la liste des territoires contaminés. Les Pays de la Loire et l'Est de la Bretagne aussi, mais l'épidémiosurveillance, basée sur des piégeages et des observations, montre pour le moment des captures épisodiques sur ces deux zones. Les dégâts sont très limités et les fruits non touchés. Le risque est toutefois bien présent, même si la quantité de Tuta est faible. D'où l'importance d'une surveillance soutenue et de mesures préventives.