
Les achats de viande de dinde ont été longtemps pénalisés par des prix de vente déconnectés du contexte concurrentiel. "Ces derniers mois, les consommateurs ont été séduits par les opérations promotionnelles", souligne Gilles Le Pottier du Cidef. "D'où une hausse sensible des achats d'escalopes, de filets cuits, de jambons…" Cette relative embellie a été confortée par une réduction de l'offre sur la plupart des marchés européens et par une diminution des importations en provenance des pays tiers.
De 18 à 22 % de hausse
La hausse de l'aliment pourrait contrecarrer l'équilibre du marché. "L'incidence sur le prix de revient du vif est de 18 à 22 %", précise Adolphe Thomas, président du Snia (Syndicat des fabricants d’aliment). "Les fabricants ont un taux de couverture faible car la hausse n'était pas prévue, en début de campagne". Le maillon couvoir souffre également. "Pour nous, la hausse de l'aliment entraîne 5 % de hausse du coût du poussin et une sortie supplémentaire de trésorerie de 750 000 euros par mois", explique Jean-Marc Grelier, président de Grelier.
"Cette hausse du prix de revient doit être répercutée sur le prix de vente à la distribution", poursuit Gilles Dréan, président du Cidef. "Aucun maillon ne peut absorber tout ou partie de ces hausses". Ce réajustement des prix de vente ne doit pas être un prétexte pour que la distribution augmente ses marges. "Une telle pratique pourrait modifier les actes d'achat du consommateur et entraîner des reports de consommation entre viandes".
Améliorer les performances
L'aliment représente 60 % du prix de revient final de la viande de dinde. "La crise va donner de la compétitivité aux entreprises étrangères qui utilisent des graisses animales ou des coproduits OGM", déclare Adolphe Thomas. "Plus on dispose de matières premières, plus on peut faire des choix judicieux d'optimisation de son prix de revient. Il est clair que nous ne pourrons pas supporter de distorsions de concurrence supplémentaires, au niveau européen".
L'amélioration des performances des animaux offre des perspectives encourageantes. "En effet, les travaux de connaissance du génome de la dinde ont bien avancé et la génétique progresse. Après s'en être écarté, l'indice de consommation de la dinde se rapproche à nouveau de celui du poulet", précise Gilles Le Pottier. La filière plaide également pour un alourdissement des carcasses, afin de gagner en compétitivité dans les unités d'abattage et de transformation. En Allemagne, les mâles pèsent 20-22 kg contre 15 kg en moyenne en France. Cet alourdissement pose des problèmes d'acceptabilité chez les éleveurs et les salariés, en France.
Spécialiser les bâtiments
"Des gains de compétitivité pourraient également être obtenus, en ayant, sur une même exploitation, des bâtiments spécialisés dans le démarrage des dindonneaux et d'autres pour l'engraissement", estime Gilles Le Pottier. Cette spécialisation faciliterait la mécanisation.
L'innovation est également présentée comme un axe intéressant. "Elle a ses limites, car plus on segmente, plus on augmente le prix de revient", estime Gilles Dréan. Les innovations sont proposées par les salaisonniers, dans les rayons traiteurs des grandes surfaces. Ces salaisonniers sont très sensibles au coût de la matière première et n'hésitent pas à l'importer, s'ils y trouvent un intérêt.
Patrick Bégos
Photo : De gauche à droite : Jean-Marc Grelier, président du Couvoir Grelier, Gilles Le Pottier (Cidef), Gilles Dréan, président du Cidef, Adolphe Thomas, président du SNIA.
Un sursaut de la demande
La production française de dindes s'est stabilisée au premier semestre 2010 par rapport à 2009 avec un volume de 205 millions de t. soit -0,2 %, alors que l'ensemble de la volaille progressait globalement de 3,3 % et le poulet de 6,8 %. Les poids moyens à l'abattage ont progressé de 0,9 %. Les mises en place se situent actuellement autour de 1 120 000 dindonneaux/semaine. Durant ce premier semestre, les échanges extérieurs ont diminué : 52,1 millions de t. de viande de dinde ont été exportés (-21 %) alors que 21 millions de t. ont été importés (-18 %). Mesurée par bilan, la consommation aurait progressé de 0,4 %.